Contre-offensive populaire !

Pour sa première année de mandat, E. Macron avait voulu frapper un grand coup : une rencontre avec Trump, où tout indiquait que le temps était au beau fixe. Bien sûr, il y avait l’Iran, mais après avoir dit qu’il soutenait le traité sur le nucléaire, Macron repartait en se prononçant pour sa renégociation. Il y eut aussi le discours devant le Congrès, sur le réchauffement climatique et les engagements de la COP21. Réchauffement pour les démocrates, et refroidissement chez les partisans de Trump, mais un discours pour le monde, véritable modèle de "dictature écologique" subordonnée aux profits capitalistes. Et pour qu’il n’y ait pas de malentendu, bombardement de la Syrie aux côtés des États-Unis (sans CO2, sans pollution évidemment). Le moral remontait malgré des sondages moroses. Et le G7 vint ! Trump tança vivement le petit Français qu’il avait semblé choyer quelques jours plutôt, et réaffirma la volonté de l’impérialisme US de décider seul de ce qui est bien ou mal pour le capitalisme américain.

Dans le même temps, pour tenter de se débarrasser de son image de petit marquis des monopoles, et pour séduire les cœurs à gauche de sa majorité de droite, il nous gratifia d’un discours poignant sur le trafic des "esclaves" en Libye, non sans accents virils, dans les promesses d’intervention militaire pour libérer les "esclaves". Mais lorsque l’Italie refuse les migrants (les esclaves ci-dessus) dans ses ports, Macron ne se prononce pas pour les accueillir, il sort une diatribe contre le Président du Conseil italien, pour finalement, 48 heures plus tard, le recevoir à l’Élysée et lui manifester sa compréhension.

Bref au bout du compte, ce qui devait redorer son image de Président actif, entreprenant et écouté par ses pairs, se termine ; et on pourrait dire la même chose concernant l’UE, par l’accumulation d’échecs, qui traduisent l’aggravation des contradictions impérialistes sur fond de crise chronique. Il semble que nous entrions dans une nouvelle période marquée par des risques de conflits accrus pour le repartage du monde.

En France, la politique des monopoles et de Macron confirme le tournant réactionnaire et la nouvelle étape que représente son élection pour le capitalisme français. Le ministre de l’intérieur Collomb répond positivement à la demande de Génération Identitaire, groupuscule fascisant pour le coup, en envoyant de conséquents renforts militaires à la frontière alpine après avoir mis dans le même sac Génération Identitaire, les militants des droits de l’homme et les réfugiés. Suite à un bref passage en colonie Kanak, Macron s’agace des questions de journalistes sur le 1er mai depuis l’Australie. L’épisode des Black Block (BB) sert la criminalisation du mouvement syndical et des luttes en cours. La casse de commerces ou d’agences bancaires ne change rien au rapport de force ou renforce le réformisme et le pouvoir qui se rallie ainsi les couches indécises. C’est autre chose d’encercler le Parlement, d’envahir ou d’occuper les institutions de l’État bourgeois avec le soutien des masses populaires ou de bloquer l’économie, fût-ce dans une guerre de position. L’anarchisme, idéologie petite-bourgeoise dont se réclament certains BB, a toujours développé des théories erronées sur la destruction ou l’attentat individuel. Tous les présents peuvent attester que les CRS ont laissé faire les BB le 1er mai. Et l’heure n’est pas à un appel au pacifisme béat comme le fait Mélenchon, mais bien à la reconstitution d’un service d’ordre des travailleurs à la hauteur des provocations, ce qui sera toujours une bonne école à la lutte pour le pouvoir. Le danger, c’est aussi que ce gouvernement de flics interdise ou encadre les mobilisations comme nous avons pu le connaître en 2016. Car le gouvernement Macron est à la manœuvre. Le 1er ministre a multiplié les rendez-vous avec les cheminots en lâchant partiellement sur la dette, en jouant la division des syndicats, tout en espérant l’essoufflement.

Le gouvernement repousse sans cesse les annonces de CAP 22 pour la Fonction publique, et Darmanin fait des annonces sur les salaires les plus bas. Le référendum à Air France est un camouflet contre la direction et la politique de Macron. Contre la jeunesse étudiante, mobilisée contre la loi ORE et ParcoursSup, le Roi-président défend sa politique de sélection sociale à coups de CRS., mais les AG continuent de décider de lutter et de bloquer. Des secteurs toujours plus nombreux se trouvent en butte à la politique des monopoles et du gouvernement Philippe/Macron. Mais nous ne pouvons nier que les mobilisations ne s’ancrent pas encore massivement. La jeunesse de Macron, son arrivée récente et son habileté, ne sont pas à négliger. En outre, notre époque revêt, du point de vue du contrôle des masses, un caractère nouveau offert par les algorythmes, les réseaux sociaux, le numérique : l’affaire Cambridge Analytica en est un exemple. Cela n’empêche pas les mauvais sondages de se succéder et malgré la présence des ministres sur tous les fronts médiatiques ! La propagande sur l’économie qui repart peut aussi susciter l’illusion. Comme disaient nos candidats aux élections législatives : à moins d’une Révolution, dans 5 ans la crise sera toujours là, nous vous donnons rendez-vous, car aucun ne s’attaque à la cause réelle de la crise : la propriété privée des moyens de production. Aujourd’hui, le réactionnaire Macron s’inscrit dans la continuité du coup d’État de De Gaulle en 1958 : renforcer l’État du capital monopoliste contre les travailleurs et leurs organisations syndicales pour assurer l’accumulation ; tenter d’enrayer la baisse du taux de profits ; affronter les contradictions inter-impérialistes ; conserver les positions de l’impérialisme français dans le monde. A ce titre, l’affaire Bolloré en Afrique est une nouvelle preuve de la partie immergée de l’iceberg du pillage français. Côté autoritarisme, que dire d’une secrétaire d’État à l’égalité entre les hommes et les femmes qui fait de Louis XIV, le roi absolu, une partie intégrante de la France du 21ème siècle ! La France est un pays des pires politiques réactionnaires.

Mais la colère et les luttes sont là. Pourtant des décennies de réformisme syndical et politique freinent leur élargissement et leur généralisation. Les organisations syndicales ne proposent pas de plan de travail national, de coordination à tous les échelons, une stratégie d’affrontement qui permette de faire céder le gouvernement. Localement ou dans chaque secteur séparément, les militants et les travailleurs sont laissés à leur sort. Si le syndicalisme est par essence réformiste, cela n’empêche pas la nécessité d’un syndicalisme de classe. Les communistes révolutionnaires doivent participer à construire les syndicats de lutte de classes, à dénoncer le réformisme même caché dans la phraséologie d’apparente lutte de classe. Cette bataille est incontournable pour que le prolétariat se réapproprie sa conscience de classe, qu’il relève la tête et mette en échec l’offensive tous azimuts du capital monopoliste. La période est également marquée par un élan unitaire y compris entre organisations progressistes ou anticapitalistes. Notre Parti est favorable à la construction dans la lutte d’un tel front d’alternative populaire anticapitaliste et à l’émergence d’un bloc uni des organisations communistes qui se réclament du marxisme-léninisme. Et le PCRF avance toujours son mot d’ordre d’ « une seule organisation communiste en France ». Accuser le capitalisme, montrer qu’il est responsable de tous les maux est une tâche incontournable. La majorité de ceux qui luttent doit être convaincue de cibler le capitalisme. Ce manque a d’ailleurs interdit aux mobilisations de 1968 d’aboutir à un processus révolutionnaire. La tâche des communistes révolutionnaires est d’éduquer le peuple-travailleur et d’orienter le mouvement ouvrier pour que le peuple-travailleur ne fasse confiance à aucun gouvernement bourgeois, à aucune bourgeoisie, à aucune alliance impérialiste. La domination du social-réformisme dans le mouvement ouvrier ralentit cette prise de conscience. L’exemple de SYRIZA en Grèce, et de nombreux autres qui mènent dans les faits une politique anti-populaire, démontrent que les soi-disant « gouvernements de gauche » sont des mécanismes de gestion et de reproduction de l’exploitation capitaliste. Ils sèment des illusions sur l’humanisation du capitalisme, comme France Insoumise ou le PCF en France, et une attente dangereuse dans le fait que l’on puisse résoudre les problèmes des masses populaires et satisfaire leurs besoins dans les conditions de l’exploitation capitaliste.

Dans ces conditions complexes, l’analyse sur les causes réelles de la crise ainsi que sur le caractère de classe de la croissance capitaliste acquiert une grande importance pour la préparation du mouvement ouvrier et populaire et pour le renforcement de la lutte des classes, pour que la classe ouvrière comprenne la signification de l’organisation socialiste de la production, qui est le seul moyen d’en finir avec les causes de la crise et de l’exploitation capitaliste.

Il faut démontrer, exemples à l’appui, et par l’expérience des masses elles-mêmes, quelle est la source des malheurs et souffrances du peuple-travailleur : la propriété privée des moyens de production, le pouvoir du capital, la logique de rentabilité monopoliste, la démocratie bourgeoise tronquée et mensongère, l’impérialisme et sa politique de guerre. Le Parti Communiste Révolutionnaire de France reliera la lutte contre la politique des monopoles et de Macron, à la dénonciation globale du capitalisme-impérialisme, en traçant patiemment, avec tous ceux qui sont opprimés et qui luttent, la voie de la seule alternative réelle au capitalisme : le socialisme et le pouvoir ouvrier et populaire vers le communisme.

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