Venezuela : contre l’agression impérialiste,...

... en finir avec le réformisme et l’opportunisme, avancer résolument vers la révolution !

Au Venezuela, le risque de guerre civile et d’agression étrangère se profile à l’horizon. Dans ce contexte, émergent des analyses (y compris dans le mouvement communiste) qui ne prennent pas en compte un certain nombre de contradictions que traverse le Venezuela aujourd’hui, contradictions aiguisées dans certains cas par la politique menée par le président Maduro. Ces analyses, débouchant en général sur un soutien non critique au pouvoir vénézuélien et à son président, font l’impasse sur l’aiguisement de la lutte des classes qui va bien au-delà du conflit entre l’État bourgeois du Venezuela et l’État impérialiste des États-Unis. Elles réduisent le conflit à un affrontement abstrait entre la « démocratie » et « l’empire ». Elles reprennent ainsi la vision opportuniste de l’impérialisme, énoncée par Kautsky et dénoncée par Lénine, pour laquelle l’impérialisme serait juste une politique extérieure de domination d’un État bourgeois fort sur un État bourgeois faible. Ces analyses mènent à l’impasse et au paradoxe de voir des communistes défendre un État bourgeois, instrument de la dictature de la classe bourgeoise sur la classe ouvrière, et qui mène donc une politique de classe à l’encontre des intérêts de la classe ouvrière et des masses populaires sous le prétexte qu’il est agressé par la diplomatie ou les armées impérialistes. Mais dans le même temps, les communistes ne sauraient accepter que la légitimité politique des autorités et des institutions politiques et administratives soient remises en cause par les grandes puissances impérialistes (le même problème se pose en Syrie par exemple). Mais alors, quelle position prendre en tant que communistes ?

Le Venezuela dans la structure impérialiste du capitalisme

Comme on sait tous, la production de pétrole occupe une place essentielle dans le conflit impérialiste au Venezuela. Cependant le problème n’est pas, comme les interprétations opportunistes le voudraient, dans la question abstraite : ’’à qui appartient le pétrole ?" ; mais avant tout dans la question : quel est le partage de la survaleur produite dans l’industrie du pétrole ? D’autres éléments viennent exacerber le conflit, comme le fait que le pétrole étant une matière première essentielle à toute la production mondiale de valeur et le Venezuela étant un producteur de premier rang, le contrôle de sa production et circulation, le contrôle de l’offre, est stratégique pour l’économie mondiale.

Faute d’autres industries développées à cause de son économie mono-exportatrice, la quasi-totalité de la survaleur produite au Venezuela provient de l’industrie pétrolière et pétrochimique. La division internationale du travail est un des effets du développement de l’impérialisme comme structure économique internationale du capitalisme. L’incorporation du Venezuela à l’impérialisme a donc entraîné une spécialisation progressive de la structure économique du pays vers la production de pétrole. Cette spécialisation a été historiquement faite, et elle l’est toujours, sur la base des investissements de capitaux étrangers dans le pays qui ont permis le développement des forces productives de l’industrie pétrolière tant relativement (innovation technologique) que dans l’absolu (augmentation du nombre de forages et de puits d’extraction).

La survaleur produite à un rythme effréné pendant les deux premiers tiers du 20eme siècle dans le pays a donné naissance à des concentrations de capitaux qui se nourrissent de la survaleur produite dans la production impérialiste de pétrole, mais qui opèrent au Venezuela, et donc à une bourgeoisie vénézuélienne qui réclame une plus grande partie du gâteau. De fait, les contradictions, fruits du développement des forces productives pétrolières, ont eu leur reflet le plus net dans l’instabilité de l’État vénézuélien tout le long du 20eme siècle, chaque changement de gouvernement entraînant une législation différente sur le partage de la survaleur du pétrole entre les monopoles atlantiques et la bourgeoisie nationale vénézuélienne, traditionnellement parasitaire, rentière et importatrice, dans le cadre du modèle mono-exportateur vénézuélien. Cette dernière n’a jamais refusé les investissements impérialistes car elle est trop faible pour réaliser de façon autonome les lourds investissements nécessaires pour l’industrie pétrolière, qui reste sa source principale de survaleur. Mais elle n’a jamais cessé de négocier avec les monopoles sa part de la survaleur.

De l’autre côté, se développent dans le monde d’énormes concentrations de capitaux qui commencent à rivaliser avec l’impérialisme atlantique et qui deviennent elles-mêmes exportatrices d’énormes masses de capitaux et deviennent donc impérialistes : principalement la Chine, mais aussi la Russie et l’Inde, qui ensemble représentent aujourd’hui entre 40 et 60% des exportations vénézuéliennes de pétrole. Ces pays construisent progressivement leur domination à travers des investissements directs dans la production de pétrole et d’autres ressources naturelles : des monopoles russes et chinois tels que CNPC, Gazprom ou Rosneft ont des placements de capitaux dans des entreprises mixtes exploitant les gisements vénézuéliens et, en décembre 2018, le président Maduro annonçait l’arrivée de 5 milliards d’investissement russe en entreprises mixtes pétrolières et 1 milliard d’investissement dans l’exploration et l’exploitation de mines d’or dans le pays. Mais ces pays instaurent aussi leur domination à travers des méthodes parasitaires et usurières comme les crédits bilatéraux calqués sur ceux du FMI : en 2011, le Venezuela obtenait un crédit russe de 4 milliards de dollars pour financer des achats vénézuéliens de produits de l’industrie lourde russe et en 2018 le gouvernement vénézuélien annonçait un crédit de 5 milliards de dollars de la part de la Banque de Développement de Chine.

La situation au Venezuela se déroule donc avec trois grands secteurs capitalistes en contradiction. Premièrement, le capital monopoliste atlantique et surtout états-unien, qui a été traditionnellement exportateur de capitaux et importateur de survaleur du Venezuela et qui défend sa domination historique sur le pays. Deuxièmement, de grandes concentrations de capital surtout russes, chinoises et indiennes, qui se sont développées très rapidement et qui deviennent elles-mêmes impérialistes en exportant d’énormes masses de capital excédentaire vers d’autres niches où elles entrent en contradiction avec les capitaux opposés qui y sont déjà présents. Et troisièmement, une bourgeoisie vénézuélienne compradore et parasitaire qui, par sa nature non productive, nécessite d’être liée à un grand bloc impérialiste pour maintenir et élargir son accumulation de capital. Et elle a choisi tout naturellement le camp atlantique, qui la constitue en grande partie à travers des investissements directs, des franchises ou des contrats d’exclusivité importatrice avec ses monopoles industriels.

Le conflit au Venezuela est un pur produit de l’impérialisme

L’origine du conflit a débuté avec la première victoire de Hugo Chávez en 1999 en tant que revendication petite-bourgeoise, à laquelle se ralliait la classe ouvrière, d’affectation d’une partie de la survaleur vers la satisfaction de besoins sociaux tels que la santé, l’éducation ou le salaire (et en tant que tel il a été combattu depuis le début tant par la bourgeoisie nationale parasitaire que par l’impérialisme). Cependant le conflit dans lequel l’État bourgeois vénézuélien se trouve est un conflit complexe : c’est une lutte de Libération Nationale où la petite et une partie de la moyenne bourgeoisie cherchent, en s’appuyant sur les masses populaires, à augmenter leur part dans la redistribution de la rente pétrolière. Pour importante qu’elle soit, cette lutte, qui est juste et radicale, n’est pas révolutionnaire en soi, tout simplement parce que le Venezuela fait depuis le début du 20eme siècle partie intégrale de la structure impérialiste du capitalisme et qu’il ne l’a jamais quittée. Mais c’est aussi au Venezuela un conflit qui traduit l’exacerbation des contradictions inter-impérialistes pour le contrôle de la survaleur du pays et des quotas de l’offre mondiale du pétrole, clé pour garantir le taux de profit dans la quasi totalité de secteurs économiques. L’État bourgeois vénézuélien en tant qu’État bourgeois est et restera l’instrument de domination du capital sur la classe ouvrière. Malgré les positionnements de la bourgeoisie compradore contre l’État actuel, c’est ce dernier qui a protégé son existence pendant les 20 dernières années. Il a parfois agi contre les intérêts de cette dernière, par exemple en délocalisant une partie de de la survaleur vers les services publics et introduisant des limites aux prix des produits de consommation, mais il n’a jamais mis son existence en cause. Contrairement aux positions les plus avancées du mouvement révolutionnaire, qui depuis longtemps demandent la fin des monopoles importateurs, la fin de leur contrôle du levier stratégique de l’approvisionnement de denrées de base, de la corruption et de la spéculation parasitaires et antipopulaires qui vont avec. La lutte de libération ne peut déboucher sur la victoire que si elle se transforme en révolution socialiste conséquente (ce que les secteurs petits-bourgeois, réformistes, au pouvoir au Venezuela, reconnaissent dans les mots en prétendant que le Venezuela connaîtrait une révolution socialiste).

Quelle position prendre pour sortir de l’impasse ?

La situation politique évolue pour l’instant avec le maintien de l’exploitation, de l’oppression, de la tendance à vouloir marginaliser la classe ouvrière et les secteurs populaires, qui sont les plus affectés par la crise de nature capitaliste que traverse le pays. Les positions nationalistes visant à privilégier le premier aspect du conflit en cours, ignorent les contradictions inter-bourgeoises et de classe au Venezuela et veillent à la sauvegarde de la configuration actuelle de l’État bourgeois vénézuélien. La configuration des forces sociales au pouvoir démontre son orientation bourgeoise par la tendance à chercher le compromis avec le gouvernement et les agents de l’impérialisme états-unien ou de l’Union Européenne et du Vatican, ou en acceptant le principe de convoquer des élections présidentielles anticipées. Or si la classe ouvrière est écartée, si la question du pouvoir est écartée, si la lutte de libération ne se transforme pas en révolution socialiste contre la bourgeoisie vénézuélienne et le système impérialiste, sur la table de négociation ce ne sera pas l’« indépendance » ou la « démocratie » du Venezuela qui seront discutées, mais les parts de survaleur dont chaque secteur bourgeois en lice s’emparera. Soutenir inconditionnellement la politique du gouvernement de Maduro, autant que soutenir le guignol impérialiste Guaidó, revient donc, en dernière analyse, à défendre un des secteurs bourgeois qui luttent dans la répartition inter-bourgeoise de l’exploitation de la classe ouvrière vénézuélienne.

Le mouvement révolutionnaire vénézuélien est une base fondamentale sur laquelle se sont appuyés les successifs gouvernements, d’abord du Mouvement 5e République (MVR) et ensuite du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV). Un mouvement populaire intégré par toutes les couches exploitées et opprimées par le capital impérialiste et qui a cru trouver dans le projet social-démocrate radical du « socialisme » du 21e siècle la réponse à sa détresse. Aujourd’hui il continue d’être l’un des plus larges et des plus décisifs mouvements populaires au monde, et sa responsabilité dans la continuité des gouvernements du PSUV est indiscutable. Mais au fur et à mesure que les courants social-démocrates (rappelons que les dirigeants de PODEMOS ont fait leurs classes au Venezuela) démontrent leur essence capitaliste et donc leur inaptitude à mener une politique favorable aux intérêts de la classe ouvrière, de plus en plus de travailleurs et travailleuses et d’éléments issus des secteurs populaires refusent de continuer à les soutenir, tombant souvent dans le trou de la plus sombre réaction en renforçant les rangs des soutiens de l’intervention impérialiste. En témoigne même la dernière victoire électorale de Maduro (mai 2018), mais avec le moins de voix depuis le début du cycle bolivarien.

Les mouvements révolutionnaires ont toujours affiné leur tactique et perfectionné leur politique dans la lutte pratique contre l’exploitation. Le mouvement populaire devra donc évoluer entre l’évidence de l’ineptie des positions de la social-démocratie et la mobilisation du Parti Communiste du Venezuela et sa jeunesse, qui doivent gagner leur rôle d’état-major du mouvement révolutionnaire pour la destruction de l’État bourgeois, et la construction de la démocratie prolétarienne. Les camps se redéfinissent aujourd’hui au Venezuela, et le camp de la production (classe ouvrière et paysannerie) gagne et doit gagner en importance au sein du mouvement révolutionnaire avec une défense résolue des intérêts anti-impérialistes de la classe ouvrière et des secteurs populaires. Les intérêts populaires passent aujourd’hui par la participation à la lutte de libération nationale et donc par la défense critique des institutions et du président légitime Nicolás Maduro, comme résultantes historiques du mouvement populaire, face à l’agression impérialiste-fasciste en cours. Il est nécessaire que les forces patriotiques et révolutionnaires, s’appuyant sur la classe ouvrière et la paysannerie pauvre dans les lieux de travail, les quartiers, aident à la constitution de structures de pouvoir populaire – base de l’organisation du pouvoir de la classe ouvrière et la paysannerie - qui puisse à un moment donné prendre en main la marche en avant du mouvement révolutionnaire, en finir avec l’Etat bourgeois. C’est ce type de structure de pouvoir populaire qui commence à prendre forme avec les Conseils Populaires Patriotiques auxquels le Parti Communiste du Venezuela appelle vigoureusement à participer. Le nécessaire front anti-impérialiste face à l’urgence de la situation, ne peut masquer la nécessité, sous peine d’échec, que le Front Révolutionnaire , s’agrandisse, se structure pour s’attaquer à la racine de l’impérialisme : l’exploitation de la classe ouvrière par le capital. Depuis 20 ans le Venezuela bolivarien en parle, mais seul le PCV et ses alliés agissent envers et contre tous pour que cela se réalise.

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