Accord de juillet 2025 en Kanaky : étape vers l’autodétermination ou marché de dupes ?
Le 12 juillet 2025 a été signé, en présence du Ministre des « Outre-mers » Manuel Valls, ainsi que par les principaux partis parlementaires en Kanaky (FLNKS, Union Calédonienne, Loyalistes, Calédonie ensemble et Eveil Océanien en premier lieu), un accord qualifié d’historique et intitulé « le pari de la confiance. » L’Etat français, ses appareils médiatiques et les partis bourgeois ont décrit cet accord comme posant les premières bases d’un « Etat de Nouvelle-Calédonie », et donc d’une indépendance possible, tout en restant associé à la France durant le processus.
Dans quelle situation cet accord s’inscrit-il ?
Du point de vue politique, le gouvernement bourgeois français cherche toujours une issue légale et parlementaire après les mouvements insurrectionnels de 2024, ayant causé la mort de jeunes Kanaks, et entraîné une répression inouïe par la police et l’armée française. La question du gel du corps électoral restait donc une question centrale. La répression de leaders indépendantistes Kanaks n’a pas faiblie, la libération, en juin 2025, des prisonniers politiques déportés en métropole (dont Christian Tein et quatre autres militants) ayant été conditionnée à l’obligation de ne pas entrer en contact avec des membres « impliqués dans le dossier », et à l’interdiction de revenir en Kanaky. Les déportations, les décisions et le processus de « médiations » organisé par l’Elysée ont été menés en secret, sans aucune consultation démocratique, afin de résoudre rapidement la question kanake.
Du point de vue social, la crise n’a pas faibli non plus en Kanaky, particulièrement aiguisée par les mécanismes de prédations et de dominations économiques existants. Le Franc CFP, indexé à l’Euro, survalorise des marchandises déjà frappées par la crise en métropole, mais ici déconnectées de la production kanake quant à leurs valeurs : les crises du logement, de la vie chère ou encore de la santé, ont pris des proportions alarmantes. En avril 2025, différentes ONG jugeaient qu’il faudrait 100 milliards d’euros dès à présent, puis 200 milliards d’euros tous les cinq ans afin de redresser l’économie kanake. Aujourd’hui, rien n’a été fait, la situation ne faisant qu’empirer. Il s’agit donc depuis 2024 d’une crise profonde et multiforme, avec un chômage massif particulièrement dans la jeunesse, et une infrastructure éducative défaillante au détriment des jeunes Kanaks ne permettant pas de reproduire la force de travail.
Le Nickel, enjeu stratégique pour la France dans cette zone, de par sa concentration de 6% des réserves mondiales, subit aussi les conséquences des difficultés et du réalignement des monopoles français. En 2025, l’usine du Sud et celle de la SLN à Nouméa tiennent encore grâce à plusieurs prêts et garanties financières accordés par Paris. Toutefois, l’État français a estimé qu’il n’était pas possible de subventionner l’usine du Nord, la moins rentable, qui a accumulé une dette de plus de 13 milliards d’euros. L’entreprise a donc dû fermer ses portes le 31 août 2024, avec à la clé le licenciement de 1 200 personnes. En échange de ces perfusions financières, la bourgeoisie française réclame l’exportation du minerai brut pour le transformer par ces propres sites, afin de s’octroyer le meilleur profit possible dans une situation de difficultés.
En effet, la Chine, l’Indonésie, mais aussi le Japon, cherchent leurs propres intérêts autour du Nickel, dans un contexte international de contradictions et de compétitions exacerbées autour de la guerre commerciale, en vue du renforcement de chaque monopole national. Les ressources de Kanaky tout comme son peuple sont l’objet des différents plans et manœuvres du capital international, les monopoles français lâchant ce qu’ils ne peuvent plus préserver et renforçant leurs positions les plus sûres sur la question. Le Franc CFP, l’exportation du nickel brut, la prédation financière d’Etat sont les éléments essentiels des manœuvres du capital français dans la région.
Un accord en trompe-l’œil

Au sein d’une telle situation politique, sociale et internationale, le récent accord est donc une tentative antidémocratique de sortir de la crise politique issue des luttes populaires de 2024, mais aussi de contenir dans un cadre parlementaire mieux adapté à la bourgeoisie française les conséquences de la crise économique.
Du point de vue politique, le prétendu « Etat de nouvelle Calédonie », n’en est donc pas un. Cet Etat serait intégré à la Constitution française, et ne pourra pas assurer des compétences de défense et de sécurité pourtant essentielles à l’aspiration d’auto-détermination. Les compétences internationales de cet hypothétique Etat devraient se faire dans « le respect de ses engagements internationaux et des intérêts de la France », c’est-à-dire toujours aligné sur les positions de la métropole. Les compétences essentielles comme la monnaie ou la justice entre autres devront être remises au vote. La question du gel du corps électoral, moteur premier des luttes de 2024, serait réglée par une double nationalité française et calédonienne devant être crée. Cette construction juridique noie le problème, le transformant en une simple question de représentation juridique aux yeux de l’Etat, et ne résulte nullement du choix autonome du peuple kanak à l’auto-détermination en dehors de toutes institutions, chantages et pressions de la métropole.
Le texte, dans son entier, doit par ailleurs être voté à nouveau en Kanaky. Il est probable que les possibles maigres avancées comme la relance de la transformation du Nickel en province Nord seront balayées par les puissants canaux financiers et politiques des forces loyalistes, aux intérêts contraires à la majorité des travailleuses et travailleurs kanaks. L’accord voté ne permet pas l’indépendance politique mais simplement une transformation de la domination politique d’Etat sur le peuple kanak, inscrite dans la Constitution, en lui faisant toujours miroiter une lointaine séparation.
Le volet économique des accords, en premier lieu sur le Nickel, est de la même nature. Les promesses d’une priorité donnée à la transformation du Nickel en Kanaky (revendication ancienne du FLNKS), se double d’un accompagnement financier et technique prolongeant la dépendance de la production kanake aux monopoles de la métropole. De plus, cette prétendue « doctrine renouvelée » du Nickel est orientée vers les besoins de l’Union Européenne, afin « d’intégrer l’approvisionnement en nickel calédonien dans le cadre de la stratégie de souveraineté en matières premières critiques ». Sous couvert de diversifier les débouchés afin de relancer l’extraction et la transformation du minerai, le peuple kanak se voit donc pris en otage pour les besoins des plans guerriers des Etats impérialistes de l’Union Européenne, empêchant toujours le contrôle de la production et sa répartition. Le reste du volet économique ne prévoit aucune mesure claire, si ce n’est celle d’une possible répartition de la propriété foncière d’Etat à l’issue de processus électoraux, d’« assainissement » des comptes publics (en majorité métropolitains) pour mieux les relancer, ainsi qu’une vague « priorité » donnée au « redressement » des comptes sociaux.
Soutien communiste aux forces indépendantistes de Kanaky
Notre Parti, le Parti Communiste Révolutionnaire de France (PCRF), apporte tout son soutien fraternel aux forces indépendantistes de Kanaky, à la lutte juste et multiforme du peuple kanak pour ses droits.
Le peuple kanak pourra faire sa propre expérience des limites politiques et sociales d’un tel processus, des plans impérialistes qu’il recèle, ainsi que de la fausse indépendance qu’il promet une nouvelle fois après la débâcle des accords de Nouméa. Notre parti se tiendra solidaire des initiatives syndicales, populaires, ou d’organisations de masses s’opposant à un tel processus et à son caractère anti-démocratique, afin de renforcer les liens de la classe ouvrière avec la lutte pour l’autodétermination du peuple kanak.
Notre Parti exige la fin de toute forme de répressions politiques arbitraires à l’égard d’anciens ou d’actuels prisonniers politiques kanaks, ainsi que le jugement des crimes commis à l’encontre du peuple et de la jeunesse kanaks par l’appareil répressif d’Etat et par les colons durant l’année 2024.
Notre parti revendique le droit à l’autodétermination jusqu’à la séparation, reconnu à l’ensemble des peuples des « DOM-TOM », et réaffirme notre détermination à permettre un processus qui pourrait concerner les seules personnes nées sur le territoire, dont les parents sont nés sur le territoire et pas les expatriés, afin de garantir aux peuples concernés un réel pouvoir sur leur avenir.
