Deliveroo : Solidarité avec les livreurs en lutte

Depuis maintenant quelques jours, les livreurs de Deliveroo sont en colère contre la nouvelle grille tarifaire de leurs courses qui leur est imposée par Deliveroo lui-même.

A Paris, Nice, Toulouse, Tours et Besançon notamment, des mouvements ponctuels de grève et de blocages de restaurants ont eu lieu comme moyen de protestation. Et le mouvement ne faiblit pas : depuis le mardi 30 juillet, une gréve perlée a été entamé, une manifestation a eu lieu Place de la République à Paris le samedi 3 août contre cette nouvelle grille tarifaire imposée par Deliveroo.

Comme l’explique Clap 75, « Deliveroo a supprimé le tarif minimum, fixé à 4,70 à Paris (variable selon les villes) et on tourne avec des courses à moins de 3 euros ». De plus, avec cette nouvelle grille tarifaire, « les livreurs sont payés davantage pour les courses de distance intermédiaire et longue, en revanche ils le sont moins pour certaines commandes les plus courtes » selon un porte-parole du collectif. Cela veut dire que Deliveroo veut privilégier les courses sur les trajets les plus longs. Pour effectuer ces courses sur de plus longues distances, il faut remplacer son vélo par un scooter, il faut également être inscrit au Registre national des transporteurs, et donc remplir un certain nombre de conditions. Tous ces coûts sont entièrement à la charge du livreur.
Selon le président de Clap 75, « C’est un ras-le-bol généralisé ». En effet, car ces livreurs sont tous sous statut d’auto-entrepreneur, mais avec un rapport de subordination vis-à-vis de Deliveroo : ils doivent porter les couleurs et le logo de l’entreprise, s’inscrire sur la plate-forme, et passer par une phase de recrutement avec réunion de prise de contact, période d’essai et éventuellement signature du contrat.

Cette lutte permet de mettre en évidence ce qui constitue aujourd’hui une importante tendance : l’auto-entreprenariat, qu’on peut appeler aussi « uberisation ». L’auto-entrepreneur est un travailleur qui exerce une activité à son compte et qui possède son propre moyen de production. Depuis la création du statut d’auto-entrepreneur en 2008, le nombre de travailleurs sous ce statut a explosé. Pour sortir de la spirale infernale du chômage, de la précarité de l’emploi, ou pour arrondir ses fins de mois difficiles, de nombreux travailleurs(es) sont devenues auto-entrepreneurs(es) dans beaucoup de domaines (journalisme, bâtiment, informatique, art, bricolage.…).
Et les différentes lois successives adoptées par les gouvernements, tant conservateurs que sociaux-démocrates, ont permis au patronat de court-circuiter l’emploi salarié et les conventions collectives, code du travail ou juges prud’homes qui en découlent, au profit d’auto-entrepreneurs. C’est le cas par exemple des entreprises de livraison à domicile (comme Uber Eats ou Deliveroo), des transports (comme Uber ou les VTC), des pigistes…
Cela couvre aussi toute une série d’activités désignée communément sous l’appellation d’« économie collaborative ».
Le développement du phénomène d’uberisation et d’auto-entreprenariat vont de paire avec la casse du code du travail et la précarisation croissante des travailleurs(es).
L’explosion de ce phénomène n’est pas seulement dû à l’essor de la soit-disant économie collaborative, qui a émergé avec l’explosion Internet. Il est généralement analysé sous ce prisme, mais il y existe une cause concrète qui répond de manière satisfaisante à toutes les questions le concernant : la crise générale du capitalisme et la baisse tendancielle du taux de profit. En effet, le patronat, dans le contexte de la crise générale du capitalisme et de son intensification, a intérêt à recourir de plus en plus à ces dispositifs d’auto-entreprenariat, qui sont dans les faits des dispositifs de salariat déguisé et avec des travailleurs(es) corvéables à merci, pour accroître les profits. D’autres dispositifs du même type existent d’ailleurs.
Ces dispositifs ont aussi des conséquences importantes sur la conscience de classe de ces travailleurs(es) : possédant leurs propres moyens de production et liés juridiquement à des patrons par contrat de prestation, certains peuvent en venir à se considérer comme des « petits patrons » à rêver de devenir plus gros.

Sous le régime du socialisme-communisme, les travailleurs(es) se seront organisés en classe dirigeante de la société, auront socialisé les moyens de production et d’échanges, et les géreront démocratiquement en planifiant l’économie et la production en fonction des besoins exprimés par les populations et les territoires. Ils ne seront plus obligés de recourir au statut d’auto-entrepreneur pour arrondir leurs fins de mois ou encore échapper au chômage, car il n’y aura plus de chômage, ni de précarité de l’emploi, et tous les travailleur(se) pourront offrir une existence descente à eux-mêmes et à leur famille.

Tout en appelant à soutenir la lutte des livreurs de Deliveroo contre cette nouvelle grille tarifaire imposée, et tout en invitant toutes les organisations du peuple travailleur à faire de même, le Parti Communiste Révolutionnaire de France (PCRF) exprime la nécessité d’intégrer ces travailleurs au combat de classe contre le capitalisme et pour le socialisme-communisme, sous réserve que même si ces travailleurs(es) objectivement peuvent louer leur force de travail à un capitaliste ils peuvent sentir subjectivement avoir un certain nombre d’intérêts en commun avec le patronat.

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