Grèves de la colère en Grande-Bretagne : des leçons pour tous les travailleurs !

Depuis le début de l’été, le Royaume-Uni connaît une explosion sociale sans précédent depuis plus de 30 ans. La liste des secteurs et entreprises touchés par les luttes s’allonge : les transports publics londoniens, le transport ferroviaire, la poste, les télécommunications, les enseignants, la santé, le port de de Felixstowe, l’entrepôt Amazon de Tilbury…

Baptisées les « grèves de la colère », ces luttes sont menées contre les effets de l’envolée des prix des biens de première nécessité, notamment l’énergie. Si le monde connait une envolée continuellement plus intense des prix de l’énergie et une crise énergétique toujours plus aiguë suite à la guerre en Ukraine et à l’aggravation de la crise climatique, le Royaume-Uni se distingue par une inflation de 10,1% en juillet dans le pays, et qui devrait atteindre 13% en octobre. Ainsi le Royaume-Uni est devenu le pays du G7 avec l’inflation la plus élevée. Ce pays, contrairement notamment à son voisin hexagonal, n’a mis en place aucun bouclier tarifaire sur les prix du gaz et de l’électricité, et le marché de l’énergie n’est que très peu régulé. Les ménages britanniques sont ainsi pour l’instant plus touchés qu’en France. Cette explosion des prix de l’énergie fait même planer sur le pays, selon la NHS confederation regroupant de nombreuses organisations de santé publique, la menace d’une crise humanitaire. Ainsi beaucoup de travailleurs pourraient être contraints soit de sauter des repas pour chauffer leur logement, soit de vivre dans le froid et l’humidité. Le nombre de décès, déjà estimé à 10 000 par an, pourrait augmenter, avec des répercussions négatives sur la mortalité infantile, et des vagues de maladies pourraient avoir lieu. En réaction à cette hausse des prix, un grand mouvement de désobéissance civile s’empare du Royaume-Uni : un nombre croissant de travailleurs britanniques menacent de ne plus payer leurs factures de gaz et d’électricité, à partir de la prochaine hausse des prix fixée au 1er octobre. Les revendications des travailleurs britanniques portent principalement sur une revalorisation des salaires pour faire face à l’inflation.

Beaucoup de choses sont à dire à partir de ces constats.

Tout d’abord l’ampleur de ce vaste mouvement social et le nombre d’entreprises dans lesquelles les travailleurs ont voté pour la grève sont frappants. Ainsi selon Marc Lenormand, maître de conférences à l’université Paul Valéry, dans des propos recueillis par France Info, « ce qui est historique dans ce mouvement, ce sont les secteurs en grève. » Au cours des 30 dernières années, les principaux mouvements sociaux au Royaume-Uni ont surtout touché le secteur public, notamment en réaction aux politiques d’austérité. C’est aujourd’hui très particulier de voir des secteurs privés, parfois industriels, en grève, alors que ça fait plusieurs décennies qu’ils en n’ont pas connu.
C’est d’autant plus surprenant que, contrairement à la France où le droit de grève est un droit constitutionnel, malgré les restrictions apportées par les gouvernements précédents notamment dans les transports et dans les services publics par l’instauration du service minimum, les gouvernements conservateurs britanniques ont introduit un cadre restreignant ce droit le plus possible au cours des années 1980 et 1990. Pour organiser une grève, les syndicats doivent faire une longue campagne auprès de leurs adhérents et organiser un scrutin dont le vote majoritaire doit être en faveur de la grève. Dans certains secteurs, comme les transports, ces conditions sont encore plus restrictives. Cela traduit donc une intensification de la combativité ouvrière en Grande-Bretagne.
Ensuite le spectre de la grève générale plane, selon un article de la BBC daté du 28 juillet dernier. Selon le secrétaire général du syndicat RMT, Mick Lynch, faute d’accord salarial, le mouvement pourrait « se poursuivre indéfiniment » et même s’étendre à « chaque secteur de l’économie. » De plus, les syndicats ont les moyens de faire pression sur le gouvernement, car le pays manque de main-d’œuvre suite au Brexit.
Certaines grèves ont déjà été évitées, car les travailleurs ont obtenu des offres de rémunération jugées satisfaisantes, notamment dans une entreprise de ravitaillement en carburant à l’aéroport d’Heathrow, ou parmi le personnel au sol de British Airways. Et les compagnies de bus Stagecoach et Arriva North West ont signé des accords salariaux avec le syndicat Unite, le second syndicat le plus puissant du pays, revalorisant les salaires respectivement de 12,5 % à 13 % d’augmentation chez Stagecoach et 11,1 % chez Arriva North West, suspendant ainsi les grèves en cours. Même si le pays est loin de la grève générale, le rapport de forces est largement en faveur des travailleurs. En conséquence, la bourgeoisie britannique est inquiète, son personnel politique tant conservateur que travailliste reste fermement opposé à ces vastes luttes, et cela démontre où se situe le problème.

Face à la hausse généralisée des prix des biens de première nécessité (nourriture, logements, énergie, vêtements…), le capitalisme n’est pas la solution. Il est LE problème. Fondé sur la propriété privée des moyens de production et d’échange entre les mains d’une minorité d’exploiteurs, et sur l’accroissement infini des profits dans un environnement toujours plus concurrentiel, ce mode de production est de plus en plus incapable de satisfaire aux besoins des travailleurs et aussi toujours plus destructeur.
Au Royaume-uni, la production et la distribution d’électricité sont privées depuis la réforme lancée par la première ministre Margaret Thatcher en 1987. La production et la distribution de l’énergie sont assurés par des monopoles capitalistes comme BP, Engie, ou encore Centrica. Et ces derniers, engagés dans une course effrénée pour l’accroissement infini de leurs profits, le font répercuter sur leurs prix, fixés selon les lois de l’offre et de la demande.

La concurrence s’aiguise au niveau international où, poussés par la recherche de l’accroissement infini de leurs profits, les monopoles de différents impérialismes s’engagent dans un partage du monde entre eux pour conquérir des sources de matières premières et des parts de marché. Pour cela, ils se servent de leur appareil d’État afin de prendre possession de ces secteurs et de les défendre dans le cadre d’une vaste recomposition continue du monde. La guerre en Ukraine le démontre, puisque l’embargo américano-européen, conséquences de l’invasion russe contre l’Ukraine, interdit l’importation de « le pétrole brut et les produits pétroliers raffinés et d’autres combustibles fossiles solides » depuis la Russie.

Le Brexit aussi, initialement voulu par une partie de la classe capitaliste britannique et qui correspond à une sortie capitaliste du Royaume-uni de l’Union européenne tout aussi capitaliste, entre aussi dans le cadre d’une recomposition des relations inter-impérialistes, et n’a pas du tout profité aux travailleurs britanniques.

Ainsi outre la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine est aussi responsable de la hausse des tarifs de l’énergie par l’aiguisement de la concurrence impérialiste entre le bloc impérialiste occidental et la Russie. Donc cette crise énergétique que connaît également le Royaume-Uni est une conséquence de l’aggravation de la crise générale du capitalisme et elle contribue aussi à l’aggraver.
Cependant, ce sont les travailleurs qui payent toujours plus violemment les pots cassés. Heureusement face à cette hausse des prix, les travailleurs luttent toujours plus pour des hausses générales de salaires et des conditions de travail et de vie plus dignes, en France comme en Grande-Bretagne.

Beaucoup de leçons sont à retenir de l’explosion sociale outre-manche.

Tout d’abord, seule la lutte paye et plus encore avec ce contexte d’aggravation de la crise générale du capitalisme qui suit la pandémie de Covid-19. C’est la mobilisation des travailleurs au Royaume-uni qui a permis des augmentations de salaire dans plusieurs entreprises, pour faire face à l’inflation. Cette grande mobilisation sociale s’est doublée d’un mouvement de désobéissance civile, menaçant de ne plus payer leurs factures de gaz et d’électricité, donc portant sur les mêmes revendications et impliquant l’ensemble de la population travailleuse de Grande-Bretagne. Cependant, le manque de coordination de toutes ces mobilisations sociales en une seule plus grande, interprofessionnelle, organisée dans un cadre national et doté d’une série de mots d’ordre, risque d’aboutir à un essoufflement. D’autant plus que ces mobilisations ne semblent pas dépasser le strict cadre inter-entreprise et interprofessionnel, ni même entrainer la population locale dans la lutte alors que les conditions y sont pourtant favorables.

Les luttes des travailleurs au Royaume-uni constituent aussi un exemple pour celles menées par les travailleurs en France.
En se déconfinant, les luttes des travailleurs se sont intensifiées et sont plus nombreuses, et elles vont le devenir encore plus lors de cette rentrée 2022. En faisant voter la loi pouvoir d’achat avec des dispositifs comme le rachat de RTT par les employeurs, en préparant la réforme des retraites ainsi que celle de l’assurance-chômage, Emmanuel Macron a annoncé « la fin des illusions » et « de l’abondance » pour les travailleurs, et surtout les plus précaires.

Dans ce contexte, il est très important de s’inspirer des mobilisations sociales qui ont lieu actuellement au Royaume-uni afin de s’appuyer sur ce qui constitue les points positifs et les progrès, et d’améliorer ce qui constituent les points faibles.

Pour finir, la mobilisation des travailleurs doit déboucher sur le renversement révolutionnaire du capitalisme-impérialisme. Une politique alternative, protégeant le pouvoir d’achat des travailleurs et mettant fin au chômage ainsi qu’à la précarité de l’emploi est possible, pas sous ce mode de production destructeur et parasitaire, mais sous le Socialisme-Communisme. C’est un mode de production et d’échange fondé sur la propriété collective de tous les moyens de production et d’échange entre les mains de tous les travailleurs de la société, sur le réel pouvoir de ces derniers grâce à leur appareil d’État bâtit sur les ruines de celui des monopoles capitalistes, ainsi que sur une planification centralisée et démocratique de la production pour répondre aux besoins des populations et des territoires.

Le Parti Communiste Révolutionnaire de France (PCRF) exprime son soutien fraternel et de classe aux luttes des travailleurs en Grande-Bretagne, et appelle les travailleurs en France à y trouver un encouragement à la mobilisation, dans le cadre de la solidarité internationaliste lancée par le célèbre mot d’ordre "Prolétaires de tous les pays, Unissez-vous !"
Politiquement, le PCRF rappelle son objectif de faire le lien entre d’une part les revendications quotidiennes des travailleurs, et d’autre part, la nécessité du renversement révolutionnaire du capitalisme-impérialisme et de l’édification du socialisme-Communisme par les travailleurs eux-mêmes.
C’est dans ce sens que notre Parti a lancé les campagnes « Accusons le capitalisme », et notamment celle « Contre la vie chère. »

Le capitalisme étrangle notre pouvoir d’achat. Accusons-le et détruisons-le !

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