La tâche des communistes dans l’organisation du parti communiste sur les lieux de travail et dans les quartiers ouvriers
L’Action Communiste Européenne, dont notre Parti est le seul membre pour la France, a tenu une conférence le 3 mai 2026 intitulée "La tâche des communistes dans l’organisation du parti communiste sur les lieux de travail et dans les quartiers ouvriers". Vous pouvez retrouver ci-dessous notre intervention dans le texte de l’article et sous PDF.

Chères et chers camarades,
Le Parti Communiste Révolutionnaire de France souhaite d’abord remercier le Parti Communiste des Travailleurs d’Espagne pour l’organisation de cette importante conférence sur le thème de l’organisation des communistes en entreprises et quartiers ouvriers. Cette conférence est importante, puisqu’elle touche à une plus grande mutualisation et à un enrichissement des différents partis de l’ACE dans leurs méthodes de luttes et d’organisation, avançant dans la direction des débats lors de la dernière réunion plénière de l’ACE. Cette conférence est importante également pour notre jeune parti en construction, du fait de sa position difficile dans le mouvement communiste en France. En effet, comme nous allons ensuite l’expliquer, la question de la bolchevisation continue de notre jeune parti, dont la cellule d’entreprise forme la base organisationnelle, politique et idéologique est une question centrale sur laquelle nous pensons revenir, à la suite de cette conférence, renforcés par les apports d’autres partis frères aux niveaux différents de développement.
Chères et chers camarades,
Lors de notre second congrès en juin 2025, nos congressistes ont adopté le slogan pour les cinq années à venir : « Pour un parti dans la classe ouvrière ! », reflétant l’orientation de la construction de notre parti vers la classe productive en France comme son objectif immédiat et privilégié. Cette centralité s’explique par divers facteurs, ceux revenant aux classiques du Marxisme-Léninisme, ainsi que ceux revenant à notre situation particulière en France par leurs histoires liées.
La troisième Internationale, issue de la première révolution prolétarienne et de la jeune URSS, s’est donné comme objectif de fournir une structure commune aux partis communistes ne visant pas le seul débat idéologique ou l’aide technique, mais à encadrer et impulser la rupture définitive avec les principes sociaux-démocrates d’organisation. La tactique internationale exprimant cet objectif est celle dite de « classe contre classe », dont l’essentiel fut condensé en 1925 par le comité exécutif de l’internationale communiste sous le nom des thèses sur la bolchévisation des partis communistes. La bolchévisation demanda un effort long et constant des différents partis communistes membres, pour appliquer les principes léninistes à leur propre situation : création d’un appareil illégal de Parti, création de cellules communistes d’usines en lieu et place d’organisations de quartiers pensées en vue des élections, ou encore décisions et débats des Partis fondés sur le centralisme démocratique. La création de cellules communistes en entreprises revêtait une importance particulière au sein des différents aspects de ce processus, étant pour notre parti la tâche du parti dans l’organisation en entreprises.
Cette centralité s’explique pour notre parti par trois raisons interdépendantes.
La première est organisationnelle, la cellule en entreprises étant la forme d’organisation à la base adaptée au parti léniniste, au parti d’avant-garde de la classe de la classe ouvrière. La tâche du parti communiste est en effet de regrouper les membres du prolétariat acquis au marxisme et au travail pour la révolution ; à cet égard, il ne peut regrouper toute la classe, même s’il vise à conquérir au moment de la révolution, comme condition de celle-ci, la majorité active (et non arithmétique) de la classe ouvrière et des travailleurs. Afin d’être cette avant-garde organisée, la cellule en entreprise permet aux cadres de vivre quotidiennement au sein de la classe ouvrière, de savoir en organiser les travailleurs acquis au communisme, ainsi que d’y démontrer au jour le jour le rôle directeur des communistes pour l’ensemble des travailleuses et travailleurs du site. Sans une telle forme d’organisation, le parti ne peut alors se lier organiquement à la classe dont il veut exprimer les intérêts, ni en former les cadres d’avant-garde.
La seconde raison est idéologique, la cellule d’entreprise permettant la liaison entre théorie et pratique propre au Marxisme-Léninisme. La cellule permet d’apporter l’éclairage quotidien sur le rôle de tel ou tel monopole, d’informer sur les membres du conseil d’administration, sur les profits et le pillage impérialiste du monopole, d’éveiller la haine de classe contre l’ensemble du système capitaliste, en démontrant que l’exploitation est collective, que la cause des souffrances et injustices est unique ; le plus décisif étant le travail proprement politique anticapitaliste, dénonçant les partis bourgeois et réformistes, leurs manœuvres, leurs alliances, diffusant patiemment la nécessité du socialisme comme unique réponse populaire, analysant la voie conduisant à la révolution, ce qui implique le travail d’explication matérialiste sur l’Etat comme organe de dictature de classe. Tous ces éléments constituent un travail théorique exigeant, dont le journal du parti est le premier outil, ayant lieu au sein de la cellule. C’est par ce cadre organisationnel que la bolchevisation subjective de chaque cadre du parti est liée à celle objective de l’enracinement dans la classe ouvrière.
Enfin, la dernière raison est politique, les cellules d’entreprises formant les bases de l’action du parti vers la révolution. En effet, en s’ancrant dans les secteurs clefs de l’exploitation capitaliste à l’échelle nationale, le parti peut regrouper une avant-garde reconnue par l’ensemble de la classe comme capable de réorganiser l’ensemble de la vie sociale par la voie révolutionnaire. Sans un tel ancrage long, patient et difficile dans les secteurs de l’industrie, de la pétrochimie, ou encore des transports par exemple, le parti communiste ne peut se donner les moyens d’être en mesure de mener la révolution sociale dans l’ensemble des secteurs économiques. L’élaboration d’un journal communiste d’entreprise est un moyen fort de lien avec les salariés.
Par ces trois éléments, non pas exhaustifs mais selon nous essentiels, on observe la façon dont les cellules en entreprises forment alors le squelette du parti communiste, sa base autour de laquelle l’alliance sociale pour le socialisme avec les différents secteurs opprimés peut avoir lieu. Sans cette base première et matérielle, l’alliance sociale se transforme alors en une alliance électorale, de principe, ou bien territoriale. Une alliance incapable de mettre en mouvement par la racine de l’exploitation l’ensemble des forces sociales ayant intérêt à la révolution comme les femmes, les intellectuels progressistes, ou la petite-bourgeoisie déclassée.
La création et le renforcement des cellules d’entreprises d’un parti communiste n’est donc pas seulement une question de décisions de programme, mais un processus concret aux flux et reflux. Si le parti est voué au renversement révolutionnaire, il n’opère pas dans des conditions qui favorisent la préparation de ce renversement, dans les faits, au niveau subjectif comme objectif. Il faut donc ce long et difficile travail d’organisation dans les entreprises, afin d’accumuler les forces de l’avant-garde et les préparer à la révolution, malgré les différentes attaques politiques et idéologiques du capital tentant y compris de parler de disparition de la classe ouvrière, de déstabiliser le parti, de l’éloigner de la classe ouvrière, en bref de le faire disparaître en tant que PC ou même en tant qu’organisation. La cellule en entreprise est à la fois la première forme d’organisation pour la révolution, comme celle permettant de défendre et de renforcer le parti et son identité en conditions non-révolutionnaires.
Aujourd’hui, l’aggravation de la sous-traitance, de l’uberisation, de l’auto-entrepreneuriat, du travail intérimaire ou encore le changement dans la proportion de techniciens et ingénieurs, ne signifie pas la fin des cellules en entreprises, mais au contraire leur nécessité, afin de mieux nous enraciner dans une classe ouvrière dispersée, à un niveau d’organisation faible, à l’identité de classe attaquée. Afin de pouvoir remplir l’objectif de construction des cellules en entreprises, notre parti dispose aujourd’hui d’une Commission ouvrière et entreprises. Cette commission fonctionne au niveau national, et a pour tâche d’alimenter continuellement nos fédérations des différentes luttes ouvrières en cours afin de promouvoir les premiers éléments de prise de contacts en entreprises, comme des messages de soutien et de solidarité aux travailleuses et travailleurs. Cette commission a également finalisé un guide interne d’aide au déploiement aux entreprises pour chacune et chacun de nos camarades à l’échelle opérationnelle, comment faire du repérage sur un site, quel matériel employer et comment y intervenir (y compris en lien avec le quartier populaire), ainsi qu’une aide aux évaluations de chaque étape franchie ou non dans la création de la cellule. Enfin, c’est aussi tout un travail de propagande nationale permettant la mutualisation, par chacune de nos fédérations, des réussites et travaux des autres par le biais par exemple d’interviews et de reportages vidéo au sein des entreprises en lutte. Cette commission a vocation à être la colonne vertébrale de notre parti, lui permettant une meilleure centralisation dans la tâche de construction des cellules et les différentes formes d’organisations ou de travail adéquats à celles-ci. Chaque département doit nommé un Correspondant ouvrier local et des objectifs annuels sont fixés.
Dans une précédente conférence de l’ACE, notre Parti a déjà évoqué les sources particulières de l’opportunisme dans le mouvement ouvrier français et les freins constatés y compris par l’IC, à la nécessaire bolchévisation du PC. L’écriture par notre Parti d’une brochure « Travail syndical et travail aux entreprises, les voix de la construction du Parti » a été rendu nécessaire sur le sujet. Notre commission ouvrière est en train de produire une étude de la classe ouvrière contemporaine en France.
Camarades,
Marx et Engels ont découvert que le point de départ des révolutions sociales est dans les instruments de production. Même la cause des crises du capitalisme, et de plus en plus rapprochées à son stade impérialiste, sans phase de reprises ou d’essor visibles, se situent dans le capital fixe et son renouvellement. Comment dans ce cas un PC pourrait-il ne pas avoir mille liens réels avec le prolétariat industriel et la classe ouvrière. Comment un comité central du parti ne pourrait-il pas avoir tendance à être composé d’une majorité d’ouvriers ? L’entreprise et l’industrie sont les lieux naturels de la compréhension de l’organisation socialiste de la production.
Pour un parti dans la classe ouvrière !
Vive la Révolution !
Vive l’internationalisme prolétarien !

