Procès d’Ikea : de l’espionnage au contrôle social généralisé ?

Tant vanté par Emmanuel Macron lors du premier confinement, le « monde d’après » révèle toujours plus son caractère réactionnaire et répressif.
Dans une actualité de plus en plus marquée par la casse des salaires et des conditions de travail, ainsi que par les attaques à répétition contre les droits démocratiques des travailleurs, l’affaire d’espionnage de chez Ikea, révélée il y a 9 ans dans le Canard enchaîné et dans Mediapart, refait surface, avec l’ouverture du procès le 22 mars 2021, procès qui s’est achevé début avril.

Rappelons que des responsables de magasins Ikea sont accusés d’avoir mis en place un vaste système de surveillance et d’espionnage des salariés et de clients. Pour cela, ils ont fait appel aux services d’une entreprise de sécurité privée appelée « Sûreté Internationale », afin de se renseigner sur le profil de certains salariés ou clients ; cette entreprise obtenait des renseignements depuis le fichier du STIC (système de traitement des infractions constatées) ou celui des cartes grises, moyennant 80 euros. Avant cela, IKEA France avait démarché une société privée nommée Eirpace, fondée par un ancien des Renseignements généraux et de la Direction de la surveillance du territoire (DST), pour lui transmettre les antécédents judiciaires des candidats, et ce dernier demandait à la police de vérifier puis de transmettre les infos. Eléments qui montrent les liens étroits entre IKEA France et la police, comme en témoigne le cadeau fait par certains magasins IKEA aux policiers, comme les bons d’achat de 100 euros distribués par le directeur du magasin de Gonesse en banlieue parisienne. De plus, Ikea a aussi utilisé des infiltrés, comme dans son magasin de Franconville en 2010 et 2011, pour l’espionnage de syndicalistes. Hocine Redouani, délégué CGT chez IKEA France, et François Mrissa, délégué CGT au magasin de Gonesse, en ont fait les frais, l’un étant accusé mensongèrement de braquage, l’autre étant placé en garde à vue pendant des heures sans accusation, juste pour «  l’intimider et rendre service à Ikea  ».

Le verdict de ce procès sera rendu le 15 juin 2021, les 16 prévenus ayant plaidé la relaxe pure et simple ; mais d’ores et déjà, cette affaire met en lumière des pratiques de fichage et de contrôle discriminatoire à l’égard des travailleurs contestataires, qui, bien sûr dépassent largement le seul cadre d’Ikea.

Et ce cadre se précise encore, quand on pense aux conséquences du projet de loi dite de « Sécurité globale », ainsi qu’aux 3 décrets adoptés le 4 décembre 2020, qui élargissent l’ensemble des données pouvant être collectées sur les personnes. Ainsi, de nouveaux critères comme «  les opinions politiques, les convictions philosophiques ou religieuses, l’appartenance à une organisation syndicale  », les « faits dont la personne a été victime  », les « facteurs familiaux, sociaux et économiques », les comportements et habitudes de vie, les pratiques sportives, la santé, voire d’éventuels troubles psychologiques ou psychiatriques, peuvent être collectés pour alimenter les fichiers « PASP », « GIPASP » et « EASP. » Concernant le projet de loi « Sécurité globale », celui-ci donne plus de prérogatives aux entreprises de sécurité privée, en leur permettant désormais de procéder à des palpations de sécurité dans un périmètre de protection et sans l’habilitation et l’agrément jusqu’à présent requis, voire de confier à leurs agents des missions de surveillance des personnes contre les actes de terrorisme par le préfet, et le droit de rédiger des procès-verbaux pour les petites infractions par la création du statut d’« agents de sécurité privée assermentés. » Il sera même possible, pour les policiers retraités, de cumuler leur pension complète avec un salaire dans la sécurité privée. Outre le renforcement de la coopération entre sécurité privée et police municipale, cette dernière voit également ses prérogatives renforcées.
Ces 2 dispositifs législatifs permettent discrètement mais sûrement d’autoriser les employeurs à consulter les données personnelles des salariés ou de candidats de manière plus complète et plus simple, favorisant alors l’espionnage et le chantage. La collaboration entre sécurité privée et police doit devenir plus étroite et la frontière entre les 2 plus poreuse, selon le projet de loi.

Autant de raisons de lutter contre cette accentuation de la répression patronale et gouvernementale, visant à empêcher toute contestation des effets de l’exploitation capitaliste, en reprenant par exemple les mots d’ordre tels que : « Non au flicage généralisé ! Oui à la hausse des salaires ! », « Emplois, Salaires, Libertés, même combat !  »
Le combat du peuple-travailleur contre la vie chère et le chômage, ainsi que celui contre la politique répressive et liberticide des possédants, sont parties intégrantes du combat de classe pour le renversement révolutionnaire du capitalisme et la construction du Socialisme-Communisme.
C’est pourquoi, dans le cadre de sa campagne Accusons de capitalisme, le Parti Communiste Révolutionnaire de France (PCRF) appelle le peuple travailleur et les étudiants à intensifier le combat contre la répression patronale et gouvernementale, et pour les libertés démocratiques, ainsi qu’à le mener en lien étroit avec celui contre la vie chère et celui pour l’emploi.

  • Edito

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