Urgences : Non à la casse du service public de santé !

Depuis mi-mars, donc depuis plus de 5 mois, les personnels hospitaliers de plusieurs centaines de services des urgences de toute la France ont entamé une grève pour de meilleures conditions de travail, une hausse des effectifs face à une surcharge devenue la norme, une augmentation des rémunérations de 300 euros net par mois, et « l’arrêt de la fermeture de services et de lits ainsi que d’établissements », selon les mots du collectif Inter-Urgences.

En effet, cette grève est d’abord l’expression d’un fort ras-le-bol et d’un profond malaise des personnels des services des urgences : ceux-ci sont surchargés et arrivent de moins en moins à faire face à l’afflux des patients. De plus, la fermeture de lits disponibles rend nécessaire le fait de mettre les patients sur des brancards. Ils attendent durant plusieurs heures généralement, et cela n’est pas sans poser de graves conséquences sur la santé, sans compter les problèmes d’intimité et de secret médical. Dans les couloirs du CHU de Saint-Etienne, un patient de 72 ans a passé 5 jours sur un brancard avant d’être pris en charge. Et ce sont loin d’être des cas purement isolés. Il ne faut pas oublier, de plus, que ce mouvement social a continué alors que l’épisode caniculaire de cet été débutait dans le même temps. Ce qui renforce, indéniablement et temporairement, les problèmes existants. Suite à cette situation calamiteuse, de violentes tensions peuvent survenir entre patients, lassés d’avoir attendus durant plusieurs heures avant une prise en charge, et personnels, qui peinent à faire face à l’afflux des patients.

Pendant ce temps, que fait le gouvernement, et surtout Agnès Buzyn, ministre de la santé et des solidarités ? Tout en avouant qu’ « il y a une crise qui persiste  » et qu’ « il faudra trouver des solutions sur mesure sur le territoire. » et qu’ «  il y a une nécessité de repenser l’organisation des systèmes de santé », elle annonce 70 millions d’euros de mesures immédiates dont 55 millions (79 % de cette somme) seront consacrés à la généralisation et à la revalorisation d’une prime de risque de 118 euros bruts (100 euros nets mensuels), versée dès juillet à tous les professionnels des services d’urgence (hors médecins), soit 30 000 personnes. Cette somme, qui n’est pas suffisante au vu des graves problèmes que connaissent les services d’urgence et leurs personnels, est majoritairement destinée au versement d’une prime. Quant à la somme restante, 15 millions d’euros, elle est allouée pour permettre aux services d’urgence de renforcer leurs effectifs paramédicaux, et de maintenir un maximum de lits ouverts durant la période estivale. En clair, cette mesure n’est que de la poudre de perlimpinpin. « 70 millions en l’état des choses, c’est ridicule. C’est typique de la stratégie du gouvernement qui joue l’essoufflement » déclarait Hugo Huon, président du collectif Inter-Urgences et infirmier à l’hôpital Lariboisière à Paris.
Pour aller plus loin, selon le comité Inter-Urgences dans son communiqué du 29 juillet 2019, « la majorité des services n’a pas vu la couleur des enveloppes fléchées pour pallier aux difficultés estivales.  » De plus, il précise que «  le budget global des hôpitaux n’est pas augmenté, les recrutements en urgences se feront au détriment d’autres activités […]. Nous refusons catégoriquement cette politique d’opposition entre services. Les patients arrivant aux urgences relèvent de la prise en charge de l’hôpital dans son ensemble.  »
La ministre de la santé déclarait au Journal du Dimanche que « la santé est au cœur de notre (en référence au gouvernement - note de l’auteur -) pacte social  ». Pourtant, face à la détérioration progressive du service public de la santé et de l’hôpital, elle n’a que de la « poudre de perlimpinpin » à lancer, comme le confirment ses dernières promesses de septembre, qui tendent surtout à faire reculer le nombre de personnes se présentant aux urgences, sans annonce concrète concernant les moyens de fonctionnement des hôpitaux.

Agnès Buzyn défend et continue la politique de casse du service public de santé et de l’hôpital menée par les gouvernements précédents depuis plusieurs dizaines d’années déjà : par exemple, elle défend et met en œuvre la fermeture de manière définitive de plusieurs dizaines de petites maternités. Ces maternités se trouvant sur des territoires isolés ou éloignés, cela oblige des femmes enceintes avec leurs conjoints à parcourir des dizaines de kilomètres jusqu’à la maternité la plus proche pour accoucher, avec les risques qu’on devine pour la mère et pour l’enfant.

La politique réactionnaire poursuivie par les différents gouvernements qui se sont succédé depuis plusieurs dizaines d’années, concernant la santé et l’hôpital, repose sur l’autonomie des hôpitaux et la casse du statut de fonctionnaire.
L’idée de cette politique est de briser le service public de la santé et de l’hôpital, et de faire de la rentabilité le moteur de la gestion des hôpitaux et de leurs différents services. Et la crise que connaissent aujourd’hui les services d’urgence des hôpitaux est une des nombreuses conséquences catastrophiques de cette politique.
Le problème, c’est le capitalisme, c’est-à-dire la recherche du profit y compris dans un secteur comme celui de la santé, devenu possiblement juteux.
Il est donc nécessaire de lutter pour un vrai service public de la santé et de l’hôpital, même si seule une société socialiste pourra prendre en charge cette question et la résoudre en faveur des populations et des territoires.

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