Actionnariat salarié : un piège tendu par le capital !
Plus l’inflation et la précarité des travailleurs s’aiguisent, plus la bourgeoisie monopilste a recours à des « écrans de fumée ». Le 21 décembre 2023, le groupe automobile franco-italo-américain Stellantis a annoncé que ses salariés en France et en Italie avaient souscrit 4,4 millions d’actions du groupe, équivalent à 65 milliards d’euros au total, dans le cadre d’un premier plan d’actionnariat salarié, afin de « soutenir le pouvoir d’achat des salariés de l’entreprise et d’associer ces derniers aux décisions et aux orientations de l’entreprise ». Le PDG de Stellantis a vu sa rémunération augmenter de 56% à 36,5 millions € ; le groupe a dégagé un bénéfice record de 18,6 milliards € et versera 7,7 milliards € aux actionnaires. Lancé en novembre dernier auprès de 85 000 salariés éligibles dans 2 de ses pays historiques et à des conditions préférentielles, ce plan a été utilisé par 22% des salariés éligibles, avec un investissement moyen de 2470 euros.
Qu’est-ce donc que l’actionnariat salarié ?
C’est un dispositif visant à faire entrer durablement les salariés d’une entreprise dans le capital de cette dernière. Idée initiée par De Gaulle et instaurée par l’ordonnance du 17 août 1967 sur « la participation des salariés aux fruits de l’expansion des entreprises » à partir de celles de plus de 100 salariés puis de 50 depuis 1990 après un premier essai en 1959, l’actionnariat salarié s’est développé très modestement en France, car il reste actuellement concentré dans les grands groupes, avec une minorité d’entreprises qui l’ont démocratisé et ouvert à une large proportion de salariés.
Selon un rapport de 2021 et publié par la fédération européenne de l’actionnariat salarié (FEAS), la France est le pays européen où l’actionnariat salarié est le plus développé avec près de 80% des entreprises cotées qui ont au moins 1% de leurs actions détenues par leurs salariés. Toujours selon ce rapport, les entreprises du CAC 40 ont des actionnaires salariés et la part du capital détenue par ces derniers est en moyenne de 3,5%. En 2022, l’actionnariat salarié a connu un boom important avec 42 opérations réalisées contre 35 en 2021 et 5 entreprises, dont 3 faisant partie du SBF 120, qui ont lancé leur 1er plan d’actionnariat salarié. Cette pratique a aussi été médiatisé par le rachat du groupe La Redoute.
Autant dire que cela intéresse le gouvernement Macron-Attal et leurs donneurs d’ordre, les monopoles, dans un contexte où l’inflation devient toujours plus galopante et où le pouvoir d’achat des travailleurs est de plus en plus fragilisé.
Rappelons que le 29 novembre 2023, la loi portant transposition de l’accord national interprofessionnel relatif au partage de la valeur au sein de l’entreprise, conclu en février 2023 entre la CFDT, FO, la CFE-CGC et la CFTC côté syndicats et le Medef, la CPME et l’U2P côté patronal, est entrée en vigueur. Contenant 36 articles repartis entre 5 chapitres, le 4ème est consacré à l’actionnariat salarié. Ce dernier est présenté comme « permet[tant] aux salariés de posséder des actions de leur entreprise, devenant ainsi […] propriétaires d’une partie de la société » et comme « très structurant et positif dans la relation entre les actionnaires, la direction et les salariés de l’entreprise » en plus d’être « particulièrement adapté à la fidélisation des salariés et propice à un dialogue social de grande qualité. »
Présent depuis des décennies dans les cartons des gouvernements successifs et de leurs donneurs d’ordre que sont les monopoles, l’actionnariat salarié s’est positionné à une place importante du débat politique actuel, au moment où la crise générale et systémique du capitalisme-impérialisme s’aiguisait et frappait toujours plus intensément les travailleurs et leurs familles, comme alternative aux revendications d’augmentations générales des salaires posée par les travailleurs à un moment d’intensification et de multiplications de leurs luttes et les syndicats.
L’actionnariat salarié est une proposition néfaste.
Ce dispositif est présenté par ses promoteurs comme un catalyseur du sentiment d’appartenance, de la motivation et de l’implication des salariés dans l’entreprise. Sauf que derrière l’actionnariat se cache toujours un objectif constant de maximisation des profits générés et donc impliquant systématiquement une casse des salaires et des conditions de travail. L’actionnariat salarié se présente donc comme un moyen de dorer la pilule aux travailleurs pour leur faire accepter n’importe quelles baisses des salaires et casses des conditions de travail. Pour Fabrice Angéï, de la CGT, « l’actionnariat salarié n’améliore en rien les rémunérations. Pire : il s’accompagne toujours d’une modération salariale. » De plus, « les salariés scient la branche sur laquelle ils sont assis, car la logique managériale derrière, c’est de leur faire tout accepter. » Incités à être plus productifs, « les salariés deviennent leur propre bourreau. »
L’actionnariat salarié est présenté comme un dispositif permettant aux salariés de devenir propriétaires d’une partie de ’’leur’’ entreprise et, a minima, d’avoir un peu de voix lors des prises de décisions. Cependant dans les faits, il y a un contrôle des dirigeants sur le vote des actionnaires salariés et il arrive donc souvent que les représentants des actionnaires salariés soient des candidats fantoches plus ou moins désignés par la direction. Ainsi si l’actionnariat salarié peut faire croire à une communauté d’intérêts entre le travail et le capital, il démontre, au contraire, que leurs intérêts respectifs sont antagoniques et irréconciliables. D’autant plus que, dans la plupart des cas, l’actionnariat salarié est souvent orienté vers les cadres et les dirigeants des entreprises. L’actionnariat salarié présente aussi l’avantage, pour les monopoles et le patronat, de faire une politique sociale à moindres frais, car ce dispositif permet surtout de transformer des charges d’entreprises en fonds propres, car les dispositifs d’actionnariats salariés sont exonérés de charges pour les entreprises.
Cette illusion de « propriété partagée » à travers l’actionnariat salarié n’a donc rien à voir avec ce qu’offre le Socialisme-Communisme, mode de production fondé sur la propriété collective de tous les moyens de production et d’échange entre les mains de tous les travailleurs de la société, sur la construction de leur appareil d’État sur les bris de celui de la bourgeoisie des monopoles et sur une planification centralisée et démocratique de la production, permettra la mise en place d’une politique efficace de lutte contre l’inflation, les faibles salaires et la précarité.
La démonstration en est apportée par l’exemple soviétique : la socialisation de 99,4% des moyens de production et d’échange, c’est-à-dire leur nationalisation par l’État prolétarien, dès les années 30, a eu pour conséquence que les produits du travail appartenaient à tous les membres de la société pour la première fois dans l’histoire humaine. Le chômage ayant été liquidé et le salariat ayant été aboli, la journée de travail se divisait en travail pour soi (salaire) et en travail pour la société, c’est-à-dire pour l’investissement productif et les besoins sociaux et collectifs (santé, éducation, loisirs, accès à la culture, logement, transport), inaccessibles à l’ensemble des prolétaires d’autres pays capitalistes. Sous sa période ascendante de 1928 à 1956, le Socialisme en URSS se caractérisait par la hausse de la productivité et ses répercussions sur la baisse réelle des prix des produits de consommation courante. Par exemple, ces derniers ont baissé de 56,5 % de 1947 à 1954. Il faut aussi parler du fait que le logement et le chauffage étaient à prix modique pour les travailleurs et leurs familles. De 1917 à 1954, le pouvoir d’achat avait augmenté de 600 %.
Toute la démarche du Parti Communiste Révolutionnaire de France repose sur la démonstration auprès des travailleurs que seul le renversement révolutionnaire du capitalisme-impérialisme associé à l’édification du Socialisme-Communisme permettra de résoudre tous les problèmes et les enjeux se posant à la société humaine.
C’est pour cela que notre Parti a lancé les campagnes « Accusons le capitalisme », et notamment celle intitulée « Contre la vie chère » : afin de lier les revendications quotidiennes des travailleurs avec la nécessité du renversement révolutionnaire du capitalisme-impérialisme et de l’édification du Socialisme-Communisme.
Si ce n’est pas déjà fait, il est nécessaire que les travailleurs s’organisent en collectifs de lutte sur chaque entreprise industrielle et sur chaque bassin d’emplois, s’associant à toutes les victimes du capitalisme et plus largement aux populations locales, s’appropriant des mots d’ordre tels que :
« pour l’augmentation générale des salaires »,
« pour la baisse des prix des matières de consommation courante en tapant dans les coffres-forts et les profits des monopoles de la grande distribution et de l’énergie »,
« pour des services publics gratuit accessibles à tous et contre leurs privatisations »,
« pour le lancement de coopératives d’achat de quartier avec mise en commun des outils et matériels »
« contre les dépenses des interventions militaires de la France et son budget militaire. »
Ces collectifs devront s’associer à d’autres afin de créer un solide Front de classe pour en finir avec la propriété capitaliste et l’exploitation salariale.
Le capitalisme menace notre pouvoir d’achat et nous condamne à la précarité ?
Accusons-le et détruisons-le !
Révoltes paysannes : pour une agriculture populaire !