Compte rendu de la conférence sur la tâche des communistes dans l’organisation du parti communiste dans les entreprises et les quartiers ouvriers
Nous publions le compte rendu de la conférence de l’Action Communiste Européenne (ACE), dont notre Parti est le seul membre pour la France, sur la tâche des communistes dans l’organisation du parti communiste dans les entreprises et les quartiers ouvriers, du 3 mai 2026. Vous pouvez le retrouver ci-dessous dans le texte et en PDF. Vous pouvez également retrouver l’intervention de notre Parti à cette conférence ici.

A la suite des différentes interventions des représentants des partis de l’ACE dont notre Parti est le seul membre pour la France, les échanges des différents délégués des partis de l’ACE action communiste Européenne purent développer plus avant certaines questions stratégiques, théoriques, et économiques ayant trait à la question du travail communiste en entreprises.
Tout d’abord, c’est le poids de l’Eurocommunisme qui a pu être rappelé dans les conditions d’actions des partis de l’ACE. En effet, si les partis membres de l’ACE ont su dépasser cet héritage, [même l’ancienne IPCOE ou ICE (Initiative Communiste Européenne) créée en 2013 et dissoute en 2022 n’avait pas su le dépasser], un travail actuel d’explication de ce tournant en Europe, ces raisons, et pourquoi la cellule d’entreprise est la première forme élémentaire pour qu’un parti communiste puisse exister est encore nécessaire. L’Eurocommunisme n’est pas seulement un programme politique passée en Italie, en Espagne, et en France, mais est aussi un moment historique à part entière pour nos différents pays dont nous subissons encore les conséquences. La pénétration de l’Union Européenne impérialiste au sein des différents anciens partis ouvriers, de l’État bourgeois de chaque pays membres dans ces mêmes partis, à provoquer la confusion et la perte de repères sur le long terme pour les classes populaires. Le Parti Communiste des travailleurs d’Espagne (PCTE) ouvrit donc la conférence par cette position partagée par notre parti :
« En Espagne, comme dans d’autres pays européens, l’influence de l’eurocommunisme a marqué une période historique dont les conséquences se font encore sentir. L’eurocommunisme a notamment entraîné un détachement progressif du Parti des espaces fondamentaux de la vie ouvrière. En particulier, l’abandon des efforts visant à construire et à maintenir une organisation indépendante sur les lieux de travail et dans les quartiers ouvriers a effectivement conduit à la disparition de la présence communiste là où les contradictions du capitalisme s’expriment le plus directement. Notre constat, partagé par les autres partis de l’Action communiste européenne, est clair : lorsque le Parti cesse d’être présent là où se trouve la classe, il cesse d’agir comme l’avant-garde organisée de la classe et devient une structure à caractère essentiellement institutionnel, détachée de la lutte quotidienne. »
Les discussions permirent également de développer la question du lien entre les quartiers ouvriers et populaires, avec les entreprises et sites de productions. En effet, il ne s’agit ni d’une réduction du quartier sur les problèmes du site de production, ni de deux sujets autonomes. Dans le site de production, l’exploitation se matérialise concrètement pour la classe ouvrière, la bataille économique et syndicale se jouant quotidiennement pour la valeur de sa force de travail. Dans le quartier ouvrier, c’est la reproduction de la force de travail qui est en jeu. Une reproduction sociale impliquant le logement, la nourriture et son prix, la qualité de vie environnementale, ou encore les loisirs et possibilités culturelles. Ces deux espaces sociaux d’activité pour les communistes sont donc interdépendants, l’un ne pouvant être réduit à l’autre car appelant à un travail d’agitation différents tout comme des formes d’organisations différentes.
Les communistes doivent donc savoir toujours lier un besoin concret du quartier avec un problème sur le site de production environnant, démontrant que le problème de la qualité de vie est le même problème que celui rencontré au travail par l’exploitation capitaliste et ces conséquences dans l’ensemble de la vie sociale. Ce travail de mise en lien par l’agitation passe également par des méthodes d’organisations demandant souplesse et professionnalisme. Dès qu’un mouvement de lutte se construit dans l’entreprise ou dans le quartier, les communistes vont donc vers l’autre espace social afin d’amplifier les luttes et demandes populaires. Notre parti pense par exemple aux caisses de grèves au sein des quartiers afin de soutenir les luttes en entreprises, tout comme à l’inverse l’agitation en entreprise pour la qualité des logements par exemple. En ce sens, aucun sujet ne doit être refusé par les communistes dans la vie quotidienne de notre classe. Il peut s’agir d’aide au devoir pour des adolescents en difficultés scolaires, des activités sportives impulsés par le parti communiste, ou bien une bibliothèque de quartier permettant la promotion d’une culture scientifique. Le quartier ouvrier, en tant qu’espace de reproduction de la force de travail, est aussi par là un espace de luttes de classes à part entière où se renforce le parti et ces cellules en entreprises. Le Front Communiste d’Italie résume ainsi cette analyse :
« Le quartier ouvrier n’est pas seulement un lieu de reproduction de la force de travail, mais aussi un espace où se concentrent les contradictions sociales – autres que celle entre capital et travail salarié : logement, services, écoles, santé, loisirs. Les luttes territoriales – pour le logement, contre les expulsions, pour les transports publics, pour les infrastructures de santé – font partie intégrante de la lutte des classes à tous égards, même si elles se déroulent hors de l’usine. La section communiste de quartier doit être capable de capter ces revendications, de les organiser et de leur donner un contenu politique. Elle doit être le lieu où les ouvriers, les retraités, les femmes au foyer et les jeunes chômeurs trouvent non seulement une oreille attentive, mais aussi les instruments de la lutte collective. »
Au-delà des réalités locales et de l’activité de nos partis au sein des quartiers, c’est aussi la question de la direction tactique à adopter nationalement pour mieux réaliser la création de bastions ouvriers qui a été discutée. Il a été souligné l’importance de la direction du parti vers les secteurs stratégiques de nos capitalismes respectifs, appuyée d’un solide travail d’analyse économique. En France, le capitalisme vert, l’armement, les énergies, le transport, les nouvelles technologies, sont par exemple autant de secteurs-clefs de nos monopoles pour l’accumulation et la reproduction de leurs capitaux à l’heure de l’économie de guerre généralisée. Si le parti communiste s’engage dans un travail à l’aveugle, sans mutualisation des différentes luttes ouvrières et des expériences acquises par les cadres en entreprises, l’enracinement au sein de notre classe en sera ralenti.
C’est ici tout le travail de notre « commission ouvrière et aux entreprises » qui pu être développé, ainsi que le récent guide de déploiement en entreprises délivré pour chaque adhérent de notre parti. Sans un travail concret, exigeant, demandant un apprentissage opérationnel constant de chaque membres (comment repérer un site de production clef, comment organiser une table aux entreprises et à quels horaires etc.), le travail en entreprises redevient une phrase et non une réalité. Le Parti Communiste de Turquie pu apporter son expérience par un autre outil tactique, le « conseil des représentants des travailleurs ». Cet outil est décrit ainsi :
« Ce conseil rassemble des représentants des travailleurs issus des syndicats, des associations professionnelles, des mouvements de résistance en cours dans différents secteurs, ainsi que des sections et comités locaux du TKP. Son but n’est pas une représentation symbolique. Il s’agit d’un mécanisme concret visant à relier les luttes fragmentées, à amplifier la résistance existante et à créer une orientation politique coordonnée pour l’organisation de la classe ouvrière. C’est une tentative de surmonter l’isolement, tant entre les travailleurs de différents lieux de travail qu’entre les différentes formes de lutte. »
Sous une autre forme, nous retrouvons autre aspect de notre propre commission : renforcer l’unité et la connaissance de notre classe dans ces méthodes de luttes et d’organisation. Nos récents documents sur la lutte des dockers de Port-la-Nouvelle, ou du site de Novasco à Hagondange, témoigne de cette volonté de notre parti en construction d’enrichir l’expérience et les connaissances des cadres de notre parti sur son activité aux entreprises tout comme pour la classe ouvrière.
Un autre sujet central des discussions fût les transformations contemporaines de la classe ouvrière. Les causes de ces transformations sont à chercher dans le développement du système impérialiste après la contre révolution en URSS et les nouvelles possibilités d’offensives que trouva le capital. Nous pensons aussi à la plus grande interdépendance et la complexité des développements inégaux de l’impérialisme depuis le début des années 2000. Ce travail d’analyse est déjà mené par notre parti, par le biais de documents comme les « 200 thèses » de l’époque de l’URCF rédigé par Jean-Luc Sallé, tout comme des brochures comme « les voies de la construction du parti », de Pierre Komorov ou celle en cours d’élaboration sur « Les classes sociales et la classe ouvrière en France aujourd’hui ».
Trois traits ont été notés dans les transformations actuelles de notre classe du point vue sociale et objectif par tous les partis. Tout d’abord, l’externalisation de la production par les monopoles sous différentes formes : la sous-traitance, l’auto-entrepreneuriat, ou encore « l’uberisation ». Il s’agit du choix du patronat d’user d’autres entreprises pour répondre à des besoins productifs plutôt que sur leur site même sous différentes formes juridiques. Deuxièmement, la grande mobilité des travailleurs aujourd’hui : changement rapide d’emploi, contrats courts, et capacités technologiques contemporaines (internet, transports etc.), accroissant et favorisant la mobilité nationale comme internationale. Troisièmement, la disparité géographique : il existe de grandes différences des conditions de vies et du rapport à l’exploitation selon la région ou les secteurs de productions. Ces différences ne concernent pas des ouvriers en position de « domination » sur les autres, mais entraînent une grande fragmentation des conditions sociales de notre classe ne favorisant pas son unité. Ce constat est résumé ainsi par le TKP :
« La force de travail est devenu de plus en plus instable et fragmenté. La flexibilité de l’emploi, le travail informel, la sous-traitance et le chômage élevé ont fragilisé les identités ouvrières stables et les formes traditionnelles d’organisation. Toutefois, dans le cas de la Turquie, il convient de souligner que cette fragmentation n’a pas fait disparaître les liens sociaux collectifs. Au contraire, elle en a modifié la nature. Les relations familiales, les réseaux de voisinage et les attaches à la ville natale continuent de jouer un rôle déterminant dans la vie quotidienne des travailleurs, leurs perceptions politiques et leurs orientations culturelles. Dans bien des cas, ces réseaux compensent l’affaiblissement de la solidarité au travail, lui-même dû à la crainte croissante du chômage. Cette double réalité crée à la fois un défi et une question stratégique : comment reconstruire l’organisation de la classe ouvrière dans un contexte où le lieu de travail est affaibli en tant qu’espace social, tandis que les réseaux sociaux informels restent forts ? »
Face à ce constat, la construction de cellule en entreprise prend un sens contemporain d’autant plus fort pour les communistes. La cellule est la forme d’organisation permettant de reconstruire une stabilité, une identité, et une unité de classe du point de vue social, politique, comme idéologique. A la suite de la contre-révolution en URSS et de la transformation de nombreux partis ouvriers en partis sociaux-démocrates, le travail des partis de l’ACE n’est pas une implantation dans une classe ouvrière homogène, possédant déjà son identité. Nous évoluons dans des conditions objectives de fragmentation forte de notre classe, de disparition de ces repères classiques du point de vue syndical comme politique, ou l’individualisme et l’isolement sont organisés à même le procès de travail. La cellule en entreprise et le travail dans les quartiers ouvriers permet aujourd’hui un travail inverse, un combat multiforme pour reconstituer la force, la stabilité, et la capacité des exploités face aux offensives contemporaines du capital pour désintégrer notre classe. Ce travail politique central des partis communistes prend un sens nouveau dans nos conditions contemporaines, tout en s’inscrivant dans la continuité historique des formes d’organisation du parti Marxiste-Léniniste en entreprises.
Notre jeune parti en construction put donc retirer des différentes interventions et échanges une expérience riche et des conseils précieux pour poursuivre notre travail nationalement. Dans les conditions difficiles dans lesquelles évoluent notre parti, la connaissance politique de partis comme le parti communiste de Grèce permet de trouver des ressources pour nos cadres à l’échelle même individuelle. Ainsi, un point pouvant parfois être oublié au profit des questions opérationnelles est le facteur moral et subjectif du cadre communiste, même seul, lorsqu’il travaille vers les entreprises. En effet, au vu des conditions objectives actuelles mentionnées tout comme l’héritage fort de l’opportunisme et du révisionnisme au sein de la classe ouvrière, il est central que la classe ouvrière comprennent la différence entre les partis bourgeois et le parti communiste par l’aptitude morale et l’esprit de sacrifice de chacun de ces militants. Cela signifie concrètement que les ouvriers peuvent voir par exemple qu’un cadre du parti vient régulièrement à l’ouverture de l’entreprise tôt le matin, prenant sur son propre temps de loisir pour échanger avec eux autour du journal, de l’actualité, des réalités quotidiennes au sein de l’entreprise. Cela peut être encore que le cadre ne laisse passer aucunes manifestations de l’oppression patronale même minime entendue et vue lors de son activité. Ce modèle de militant communiste même isolé dans son travail quotidien au sein de la classe ouvrière, que Lénine qualifié dans sa brochure « Que faire ? », de « tribun populaire », est résumé ainsi par le KKE :
« Le communiste, sur son lieu de travail et dans son quartier – même s’il n’y en a qu’un seul – a le devoir, par son action, de s’imposer comme un leader populaire dans l’organisation de la lutte, d’inspirer la cohérence, le militantisme et l’altruisme, et en même temps de se distinguer par sa capacité à faire progresser l’objectif stratégique du renversement du pouvoir bourgeois. »
L’esprit de sacrifice pour sa classe est en effet l’un des marqueurs essentiels du cadre bolchévique contrairement aux autres méthodes de travail des partis bourgeois et sociaux-démocrates, un esprit de sacrifice ne pouvant exister sans l’esprit de parti. Une discipline de parti pour la défense de l’outil seule capable pour la classe ouvrière de renverser le capitalisme et construire le socialisme-communisme. Ainsi, même pour un cadre seul, même dans les conditions difficiles que traverse le mouvement communiste et ouvrier en France, cette conférence permit d’avancer pour la construction d’un parti dans la classe ouvrière, pour la révolution sociale.

