Des sous-marins en eaux troubles…

À quelques jours du G20, réuni à Rome les 30 et 31 octobre 2021, on nous annonce que "les présidents français et américain se sont entretenus par téléphone, vendredi 22 octobre, afin d’améliorer leurs relations après la crise des sous-marins australiens". Alors que se poursuit le vaudeville des relations inter-impérialistes entre la France et les USA, sur l’air de "Je t’aime moi non plus", le PCRF propose ci-dessous une analyse de ce qu’on appelle désormais "l’affaire du contrat des sous-marins" :

L’affaire du contrat de vente des sous-marins français, rompu par l’Australie, a occupé le devant de la scène pendant plus d’un mois et continue à être traitée régulièrement dans ses soubresauts. Pour les communistes, c’est un bon exemple d’étude des contradictions inter-impérialistes, des changements et positionnements dans les alliances, mais aussi des concurrences entre monopoles comme du traitement diplomatique et médiatique.

D’abord était-ce le contrat du siècle ?
Un premier détail rarement abordé, il s’agissait de la vente, par une entreprise du complexe militaro-industriel français, de sous-marins d’attaque lanceurs d’engins et de missiles nucléaires, c’est-à-dire du matériel le plus agressif qui puisse exister en matière d’armement. Toutes les chaînes de TV et commentateurs s’émerveillaient donc de ces technologies de destruction. Ce contrat, d’un montant de 30 milliards au moment de la signature, était réévalué aujourd’hui à 50 milliards. Mais seulement 8 milliards étaient prévus pour des entreprises françaises, avec 300 millions de bénéfices, soit par exemple 0,1 % des bénéfices prévisionnels de Thalès, principal actionnaire privé de la société française Naval Group, maître d’œuvre du contrat et fabricant de sous-marins. Pourquoi seulement 8 milliards ? Parce que les autres milliards du contrat étaient sous-traités à des entreprises non françaises comme par exemple Lockeed Martin, géant … états-unien (!) de la motorisation et qui intervenait dans ce contrat pour tout le système électronique. Des entreprises australiennes étaient également chargées de la fabrication d’une grande partie du moteur, ce qui était un aspect non négligeable du contrat, nous reviendrons dessus. Nous avons là une simple manifestation de l’internationalisation des forces productives et de l’éloignement des centres de décision par rapport aux centres de production, qui est une caractéristique de l’impérialisme, capitalisme de monopoles défini par Lénine. L’impérialisme accentue l’internationalisation du processus de travail sous des formes modifiées. L’informatique favorise une gestion internationalisée des entreprises à partir de l’entreprise-mère (le site). La division du travail est poussée à l’extrême, chaque filiale réalisant une pièce d’un immense puzzle. Par ailleurs, ce type de contrat à clauses multiples et chronologiques n’est pas si rarement interrompu que ne le laissent supposer les cris d’orfraie de la France, et Naval Group demande environ 300 millions de compensation (autant que les bénéfices escomptés…), tandis qu’environ 3 milliards avait déjà été payés par l’État australien. L’annonce de contrat du siècle est donc toute relative à la lumière de quelques éléments matérialistes et relève plus de la communication comme va le confirmer la suite.

Est-ce une trahison des États-Unis, de l’Australie et de la Grande-Bretagne ?
Les marxistes-léninistes savent que les alliances entre impérialismes sont mouvantes et que la loi de l’inégalité de développement entre pays capitalistes, loi objective accentuée par le capitalisme de monopoles, est la cause des variations dans la pyramide des pays entre dominants et dominés. Les États-Unis ont opéré un basculement indo-pacifique de leur stratégie impérialiste, au détriment de l’Europe, pour faire face aux rivalités chinoises mais aussi indiennes. Les États-Unis forcent des alliances dans la zone et ont proposé à l’Australie un accord clé en main, où l’armée US garantit une protection en échange d’une dépendance et d’un contrôle opérationnel et logistique complet. Ce type de contrat de production, avec suivi et maintenance sous contrôle direct des États-Unis, ne pourrait pas se faire avec la France, par exemple, justement trop puissante et indépendante militairement (ce que confirme la Loi de programmation militaire française à un niveau de dépenses jamais atteint). Sans compter que l’impérialisme français et ses monopoles jouent sur plusieurs tableaux à la fois, en particulier sur le sujet indo-pacifique (y compris avec la Chine) ; or les États-Unis veulent des alliés sûrs dans la zone. Ces sous-marins américains sont aussi des sous-marins nucléaires plus silencieux, à longue portée de patrouille y compris sur la plus grande route maritime du monde au large de l’Inde et de la Chine, où passent 80 % des marchandises mondiales. Mais le sujet nucléaire est un sujet de rivalités qui a ravivé des condamnations chinoises, indiennes ou malaisiennes. De plus à ce jour, l’Australie ne peut, de par certains aspects d’ordre constitutionnel (ce qui peut bien sûr être toutefois modifié), toucher au nucléaire sur son sol, impliquant ainsi une construction quasi intégrale sur le sol américain, en tout cas en dehors d’Australie. Les sous-marins français proposés étaient des diesels, patrouillant donc moins longtemps (un aller-retour d’Australie plus quelques jours de patrouille maximum sur la route commerciale chinoise) et moins silencieux, même si un système de moteur électrique pouvait le rendre momentanément plus discret. Autre élément des contrats en concurrence : le nombre de sous-mariniers nécessaires à ces sous-marins d’attaque est le double de ceux de Naval Group, ce qui va sans doute augmenter la dépendance australienne vis-à-vis de l’armée US pour former, trouver autant de sous-mariniers voire obliger à des équipages mixtes en nationalités. La Grande-Bretagne aussi s’est raccrochée à cet accord sous domination américaine, tandis que ses capacités de production militaire sont en difficulté. Avec une perte de 27 % de part sur le marché militaire sur la période 2015-2020, comparée à 2005-2010, elle a besoin d’un « papa ». La France a au contraire progressé de 44 % (!) sur le marché des exportations ! Par ailleurs la Grande-Bretagne n’est pas en concurrence forte avec les fabrications états-uniennes, contrairement à la France, capable de se porter sur le créneau aérien et aérospatial, c’est-à-dire sur des créneaux aussi occupés par les États-Unis (voir la confirmation du dernier projet SCAF en remplacement du Rafale, projet désormais accepté par l’Allemagne et piloté/dominé par le complexe militaro-industriel français au sein de l’UE).

Les conséquences pour la France sont de plusieurs ordres.
Le but évident, pour l’État bourgeois français et ses monopoles, est de gérer une bonne retraite pour préparer des contre-attaques. La France vise à s’appuyer sur les bons signaux donnés par l’Inde, avec la vente de 56 transports de troupes C55 et la prochaine décision indienne imminente sur l’achat de nouveaux avions de combat (après avoir remporté un contrat de 50 Rafales). De plus, l’impérialisme français espère tirer profit de la position états-unienne qui tend vers une répartition des tâches avec l’indo-pacifique pour les USA et l’Europe et le Moyen-Orient pour la France dans une certaine mesure. C’est le sens des nombreuses dernières ventes à la Grèce et accords militaires. Dans leurs derniers échanges, Biden et Macron ont dû aborder ces sujets. La France n’a également pas dit son dernier mot en indo-pacifique. Avec 12 millions de km² d’eaux territoriales et 151000 km² supplémentaires dans l’océan indien récemment (eaux sous-marines), la France dispose du premier domaine mondial maritime devant les États-Unis. La leçon qui semble se profiler à travers les déclarations et études stratégiques françaises, c’est de s’appuyer sur de plus petits pays et contrats que des pays comme l’Australie grâce à la myriade de territoires et pays de la zone. Dans le cas australien, l’atout proposé par la France de laisser une certaine autonomie et indépendance à l’État australien n’a pas fonctionné jusqu’au bout. La France a joué la carte de l’incident diplomatique pour mieux mettre la pression et avancer ses pions pour la suite, par la voix de Le Drian, qui a rappelé les ambassadeurs, a crié à la trahison et au scandale relayé par tous les médias des monopoles nationaux, tous alimentant le discours du déclin de la France que les candidats aux présidentielles 2022 promettent tous de sauver. Mais l’attitude des États-Unis sur cette affaire des sous-marins et les éléments connus sont aussi la démonstration d’une France forte sur le plan militaro-industriel et international, sans minimiser la perte du contrat dans les termes rappelés plus haut.

Les marxistes ne peuvent pas présenter, de manière non scientifique, les rapports de dépendance et d’interdépendance qui émergent de la structure de l’impérialisme et même de l’intérieur des « unions impérialistes », comme une conséquence de la perte de « souveraineté nationale », alors que cela résulte du développement inégal normal entre pays capitalistes.

En régime capitaliste, a fortiori au stade impérialiste, les entreprises, les divers secteurs économiques, les pays ne peuvent se développer également.
Dans le cadre de la concurrence, de l’anarchie de la production, le développement inégal de l’économie capitaliste constitue une loi objective et présente donc un caractère inévitable. Les pays se développent par bonds, les uns s’enrichissent au détriment des autres. Une pyramide impérialiste se façonne avec des centres principaux et secondaires, une échelle mobile des positions dans la pyramide. Le système impérialiste (capitaliste) mondial est composé d’États capitalistes comme chaînons qui se différencient entre eux en raison du développement inégal, chacun ayant une position différente dans le système, avec des relations d’inégale d’interdépendance en fonction de leur force économique, militaire et politique. Sous l’impérialisme, il ne peut y avoir de développement harmonieux, combiné des divers pays. Les ententes internationales n’infirment pas cette loi d’inégalité de développement.
Le montant des transferts internationaux d’armement a régulièrement augmenté d’un peu plus de 12 % par an de 2000 à 2019. Avec le lancement de sa campagne « Contre la vie chère » (consultez notre site), notre Parti oppose les dépenses des interventions et expéditions extérieures françaises, les dépenses militaires faramineuses aux besoins populaires.
Au XXIème siècle, les grandes entreprises monopolistes ont des bases et des réseaux sur toute la planète ; les sciences, la technologie, de nombreuses formes d’infrastructure et de moyens de transport, etc. se sont développées. Il est indéniable qu’ont mûri les conditions matérielles déterminant le caractère de notre époque comme l’époque du passage du capitalisme au socialisme.

La contre-révolution et le changement négatif du rapport des forces ne change pas le fait que le socialisme a été construit, et ne change pas le caractère de notre époque, qui a été inaugurée par la Révolution d’Octobre, comme l’ère du passage du capitalisme au socialisme. Les conditions qui mettent en évidence l’épuisement des limites historiques du capitalisme (crises, les guerres, le chômage, la pauvreté, etc.) se sont intensifiées et le caractère socialiste de la révolution exprime le besoin urgent de résoudre la contradiction fondamentale du système entre le capital et le travail salarié. Le capitalisme a bien donné naissance à son propre fossoyeur, la classe ouvrière, qui est la classe motrice de la société et en augmentation.
Notre tâche est de mettre en évidence les causes réelles des guerres qui sont à rechercher dans les contradictions et les antagonismes inter-impérialistes sur toute la planète, sur les ressources énergétiques et les voies de transport, les régions stratégiquement importantes et les routes maritimes, le contrôle des marchés.
Notre tâche reste inchangée : construire et renforcer le Parti communiste révolutionnaire en France sans lequel la Révolution pour se débarrasser de notre impérialisme français, pour le socialisme-communisme, est impossible.

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