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La classe ouvrière doit se manifester ! - Parti Communiste Révolutionnaire de France

La classe ouvrière doit se manifester !

Depuis le 17 novembre se manifeste dans le pays un fort mouvement contre la politique de Macron et de son gouvernement, les "gilets jaunes". Ce mouvement est l’objet d’une répression policière brutale au même titre que la classe ouvrière et le mouvement syndical, lorsqu’ils entrent en conflit avec le pouvoir du capital monopoliste et son État. Les "gilets jaunes" sont l’expression de la colère qui couve parmi la classe ouvrière, les artisans, les auto-entrepreneurs, la jeunesse, les retraités, la paysannerie, mais aussi dans une partie des professions libérales. Il y en a assez de l’augmentation des taxes et des prélèvements obligatoires qui frappent ceux qui travaillent et ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts, alors que la bourgeoisie (patronat, entreprises, rentiers, actionnaires) voit ses profits et son patrimoine exemptés, sa part dans l’impôt encore baissée. C’est ce que traduit la réflexion populaire "Macron le président des riches", en réalité celui des monopoles capitalistes. La colère est d’autant plus forte que parallèlement, les services publics se dégradent ou disparaissent.

L’augmentation des taxes sur les carburants, et en particulier sur le diesel, est la goutte d’eau faisant déborder le vase. Le prétexte écologique met d’ailleurs en relief la réalité : Macron lui-même, pour se justifier, le révèle en disant qu’il s’agit, avec ces nouvelles taxes, de financer la transition énergétique ! Depuis les années cinquante, tous les gouvernements ont donné priorité à la route, démantelant le réseau de chemin de fer pour le profit des monopoles pétroliers, de l’automobile et de gestion des autoroutes. Ils ont soutenu et financé la construction des grandes surfaces et la mise en place des zones industrielles et d’activité à la périphérie des villes. Par là, le monde du travail a été contraint à l’automobile, il ne l’a pas choisie ! De même que c’est Macron qui a donné priorité aux transports par autocar diesel quand il était ministre et que l’attaque contre le statut de la SNCF du printemps dernier annonce de nouveaux reculs du rail face à la route ! S’il doit y avoir une transition énergétique, c’est à la bourgeoisie de la payer, pas au peuple-travailleur. Comme pour le reste, il y a une position de classe sur les questions écologiques : soit on s’inscrit dans la démagogie macronienne ou social-démocrate d’utilisation de l’écologie pour justifier les mesures anti-populaires et financer le capital prétendument vert, soit on s’oppose, en vue de le renverser, au capitalisme, le père de toutes les pollutions ! Seul le socialisme-communisme avec le pouvoir de la classe ouvrière, la socialisation des moyens de production et d’échange, la planification centralisée et l’internationalisme peuvent régler la question écologique dans la perspective de la satisfaction des besoins sociaux.

Force est de constater que le mouvement syndical ne parvient pas à exprimer la colère qui monte et de lui donner son sens de classe. L’absence d’une stratégie de combat offensive contre la politique de la bourgeoisie, le relâchement de la politique systématique d’organisation des travailleurs, la coupure entre les directions nationales et les bases militantes sont les conséquences directes d’orientations de collaboration de classe : l’adhésion à la Confédération Européenne des Syndicats, ou à la Confédération Syndicale Internationale, le ralliement au syndicalisme prétendument rassemblé ou le scandaleux appel à voter Macron en mai 2017 en feignant d’ignorer qu’il représentait la même politique anti-ouvrière, la même politique de remise en cause des libertés démocratiques que le leurre qu’il avait en face ! Bien sûr qu’il y a des ambiguïtés autour des initiateurs du mouvement des « des gilets jaunes ». C’est vrai que certains voudraient détourner les travailleurs de leurs organisations et poursuivre la désorganisation du monde du travail en faisant croire que les réseaux sociaux se suffiraient à eux-mêmes pour organiser le mécontentement. Or sans partis ni syndicats, cela signifie sans direction autonome, visible du mouvement. C’est la porte ouverte à toutes les manipulations. Et surtout, cela signifie l’effacement de la classe ouvrière : c’est la petite bourgeoisie qui décide et elle appelle à y participer, sans distinction de classe, patrons et travailleurs en tant que… consommateurs. Du coup, le capitalisme peut dormir sur ses deux oreilles ! Mais est-ce différent de ceux et celles qui ont les "partenaires sociaux", "le dialogue social" plein la bouche ? Où qui s’étalent dans les journaux bourgeois sur la transition écologique sans la moindre référence à la lutte des classes et à la nécessité de combattre les capitalistes (et en tout cas pas ceux du nucléaire) comme le fait une responsable de la CGT dans Le Monde du 24 novembre ? Il n’y a pas de mouvements sociaux "purs", feindre de le croire pour justifier l’attentisme, c’est conforter l’ordre social dominant, le gouvernement Macron.

Les revendications sont justes. Dans les barrages et les rassemblements, on y voit des travailleurs, des hommes et des femmes des milieux populaires, les discussions qui s’y mènent sont en général bien loin du poujadisme dans lequel la bourgeoisie voudrait piéger le mouvement. Au reste, quand le président de la grande bourgeoisie déclare que les prestations sociales, "ça coûte un pognon de dingue", n’est-ce pas du poujadisme, et le plus vulgaire qui soit ?

Ce n’est pas le rôle des organisations syndicales ou des organisations qui prétendent représenter les masses populaires, de jouer les pompiers sociaux de Macron. Il serait préférable qu’elles s’interrogent sur l’écho de telles mobilisations, sur les impasses stratégiques de la collaboration des classes, de l’abandon des perspectives de renversement révolutionnaire du capitalisme, sur la politique de "négociation à froid" et d’amendements des politiques de la bourgeoisie, et qu’elles en tirent quelques réflexions stratégiques. C’est la seule manière de combattre réellement l’extrême-droite, en s’attaquant à son substrat : le capitalisme monopoliste !

Paris, le 24 novembre 2018

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