Mondial de football au Qatar...
... Quand la bourgeoisie organise des fêtes populaires.
Du 20 novembre au 18 décembre 2022, le fleuron du football masculin international s’est disputé le 22ème titre de champion du monde sur les terres arides du Qatar.
Il n’aura échappé à personne qu’il y a eu plus d’ouvriers morts que de minutes de jeu sur les pelouses des huit stades de Doha et alentours. Des chiffres que seul le capitalisme peut provoquer : 6 500 morts estimés.
Pourquoi « estimés » ? Nous devons ce chiffre au journal Guardian qui a été forcé de contacter les ambassades du Népal, de l’Inde, du Bangladesh, du Sri Lanka et du Pakistan (nationalités majoritaires chez les travailleurs étrangers au Qatar) pour calculer cette estimation imprécise, faute de données statistiques claires de la part de l’État Qatari.
Quelles sont les conditions d’arrivée et de travail des travailleurs étrangers dans un pays où 90% des travailleurs sont étrangers ?
Ils sont soumis à la « Kafala », anomalie d’un mode de production féodal au sein du capitalisme en putréfaction. La Kafala impose à un étranger souhaitant travailler au Qatar de se trouver un « parrain » qatari qui va contrôler totalement la vie de ce travailleur au Qatar. Ainsi, pour changer d’employeur, il faut l’autorisation de son « parrain ». Son parrain prend en charge le logement si le travailleur est en incapacité de se loger. Inutile de préciser que ces logements sont scandaleusement vétustes. C’est le parrain qui verse son salaire au travailleur, majoritairement en liquide, ce qui permet audit parrain qatari d’être très libre de verser cette somme ou… non. On devinera aisément que les « parrains » qataris ne se gênent pas pour avoir 1, 2 ou 3 mois, voire une infinité de mois de retard dans le paiement des salaires. Le contrôle des salaires y est presque impossible du fait de sa forme liquide. A cette structure légale déjà abjecte, l’OIT ajoute d’autres agissements illégaux de ces « parrains », comme le retrait des passeports des nouveaux arrivants, ou un travail radicalement différent et un salaire radicalement inférieur à celui signé dans le pays natal du travailleur.
Ici, nous nous dirons que le Qatar est un horrible pays qui présente le pire des tableaux en matière d’exploitation capitaliste et impérialiste.
Mais si nous regardons de plus près les monopoles qui bénéficient des contrats de constructions et d’exploitations des stades, nous serons bien étonnés de constater que la majorité de ces monopoles n’est pas qatarie. Trois exemples parmi ces constats : le stade Al-Rayan pour le monopole Larsen & Tourbo (indien), jackpot pour l’italien Salini Impregilo qui a à sa charge le stade Al-Bayt, un tronçon de métro spécialement construit pour l’occasion et un ensemble de logements à Shamal ; enfin, (« et cocorico ! »), Vinci Construction Grand Projet (filiale de Vinci) pour le stade de Lusail. Tous ces monopoles s’accommodent très bien de la Kafala, ce sont même eux qui l’accentuent pour une surexploitation ultra violente de nos sœurs et frères de classe.
Quelle est la conclusion à tirer de ces informations ?
L’État Qatari a évidemment une part de responsabilité énorme dans cette statistique mortifère terrifiante.
Toutefois, le premier responsable à abattre collectivement à travers le monde est le capitalisme à son stade de développement actuel qu’est l’impérialisme. Ce mode de production donné, donc pas éternel, est le seul responsable, car il se constitue de tous les rouages que nous dénonçons. De plus, il s’organise au niveau international, comme le démontrent les différents pays représentés dans la supervision des chantiers. Nous ne devons pas verser dans un chauvinisme et un racisme douteux en accusant seulement le Qatar. En effet, si cette monarchie gère ainsi ses profits, ce n’est pas parce que nous avons à faire à un peuple inférieur qui ne comprend pas l’importance de la démocratie, mais nous avons bien à faire avec un État impérialiste par sa constitution de classe.
Cette accusation n’est pas partagée par notre social-démocratie française, qui préfère seulement accuser le Qatar en tant que pays, et fait fi, notamment, de l’importance de Vinci dans ces meurtres pour lesquels le groupe a été mis en examen en novembre 2019.
L’hypocrisie est grande, dans les discours de certains politiciens et médias français. Par exemple, François Hollande déclare le 21 novembre 2022 : « Compte tenu de ce que l’on sait des conditions de déroulement de cette compétition, climatiques et de la construction, si j’étais chef de l’État, mais je ne le suis plus donc ma position est facile, je ne me rendrais pas au Qatar » ; alors qu’en 2013, lorsqu’il était président, il se réjouissait de la Coupe du Monde au Qatar et avait même promis que la France y participerait. Rappelons aussi la position de Anne Hidalgo, qui refuse d’organiser des FanZone dans la ville-lumière, alors qu’elle ne se prive pas d’assister à un match du PSG dans les loges VIP du Parc des Princes au côté de Nasser Al-Khelaïfi, président du club depuis 2011 suite à son rachat et très proche de l’Emir du Qatar... Ou encore la chaîne TF1, qui fait disparaître la mention « Qatar » lors des diffusions du match sans pour autant refuser de les diffuser - diffusion très lucrative ! -.
Enfin, l’Etat capitaliste français n’a guère de leçon à donner en matière de respect de la vie ouvrière au travail : rappelons ce qu’écrivait Le Monde en mai 2022 : « Selon les chiffres avancés par la CES, qui reprend les données d’Eurostat, le nombre d’accidents mortels au travail a globalement diminué ces dix dernières années en Europe, mais il a augmenté en France : passant de 537 en 2010 à 803 en 2019. Le pays enregistre également le taux d’incidence le plus élevé d’Europe, avec 3,53 accidents mortels en moyenne pour 100 000 travailleurs. L’Hexagone devrait enregistrer près de 8 000 décès supplémentaires dus au travail d’ici à 2030, contre 563 pour la Pologne ou 3 143 pour l’Allemagne. »
Finalement, on ne peut se contenter d’une indignation morale face à ce qui se passe au Qatar, il nous faut transformer cette indignation en accusation politique contre le capitalisme-impérialisme.
La meilleure façon de manifester notre soutien aux travailleurs victimes sur les chantiers du Mondial, au-delà de l’action individuelle que constitue le boycott des retransmissions télévisées, c’est de lutter en France contre les monopoles qui assassinent des travailleurs, au Qatar comme partout dans le monde.
Assez des façades ridicules de notre « gauche » !
Construisons une contre-offensive massive internationaliste contre le capitalisme-impérialisme, sa classe sociale et ses agents !
Prolétaires de tous les pays, unissons-nous !
Evènement organisé à Paris par le PCRF le 8 juin 2025