Conflit Arménie - Azerbaïdjan : une guerre des impérialismes contre les peuples !

Depuis la matinée du 27 septembre 2020, des opérations militaires ont repris entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan dans la région du Haut-Karabakh. On déplore déjà plusieurs centaines de morts des deux côtés.

Le conflit du Karabakh est devenu le premier affrontement armé majeur dans l’espace post-soviétique. Dans cette guerre, les deux parties ont utilisé non seulement des armes légères, mais aussi des véhicules blindés lourds, de l’artillerie et de l’aviation qui sont restés dans les républiques après la destruction de l’URSS suite à la contre-révolution bourgeoise.

Les deux belligérants ne sont pas des puissances clés de l’impérialisme mondial d’aujourd’hui : d’un côté l’Arménie, 3 millions d’habitants, de l’autre l’Azerbaïdjan, 10 millions d’habitants. Mais ce conflit est ancien. Il date de 1991 : le Haut-Karabakh (on disait alors Nagorny Karabakh - Artsakh en arménien -) proclame unilatéralement son indépendance. C’est une zone de population arménienne, mais rattachée à l’Azerbaïdjan au regard du droit international. Le conflit, à l’époque, fait 30 000 morts et il n’est pas résolu.

Pour comprendre le problème, il faut analyser la situation dans le contexte géopolitique d’aujourd’hui.

D’abord la Turquie. C’est une puissance impérialiste et son président, Recep Teyip Erdogan, fait feu de tout bois, on le sait, en Syrie, en Libye, en Méditerranée. Son but est de jouer le premier rôle dans la région pour arracher un plus grand morceau pour ses monopoles. Et là, il soutient ouvertement l’Azerbaïdjan : parce que c’est un pays turcophone, musulman, avec lequel la Turquie partage des intérêts économiques. Parce qu’à l’inverse, le passif est lourd avec l’Arménie : la Turquie refuse de reconnaitre sa responsabilité dans le génocide arménien il y a un siècle. Selon le pouvoir arménien, la Turquie est déjà engagée militairement sur le terrain, aux côtés de l’Azerbaïdjan.

La Russie ensuite. Le jeu de Vladimir Poutine est ambigu ou plutôt à plusieurs options. Officiellement, la Russie possède des liens étroits avec l’Arménie : accord de coopération militaire. La 102ème base militaire russe, où servent environ 7000 soldats, est située près de la ville Gyumri, et un détachement de troupes frontalières russes garde la frontière avec l’Iran et la Turquie. Or le premier ministre arménien, Nikol Pachinian, un "démocrate", irrite Moscou. Il est arrivé au pouvoir sous le prétexte de la lutte contre la corruption, mais en réalité, pour renforcer les bases de la démocratie bourgeoise, et bien entendu, sans toucher aux règles déjà établies du monde de production capitaliste. La bourgeoisie arménienne a un caractère compradore renforcé et penchant désormais vers l’occident. Ce qui pose problème à Poutine, c’est bien que Pachinian a tourné le dos à la Russie et mène une politique pro-occidentale.

Enfin l’Iran, le grand voisin du Sud, est une puissance impérialiste de la région et avance bien sûr ses pions. En théorie, on pourrait penser que l’Iran appuie l’Azerbaïdjan par solidarité entre pays chiites. Sauf que le pouvoir de Bakou déplait aux Iraniens : il est laïc, mais surtout penche du côté de la Turquie et est en bons termes avec Israël et l’Otan, enfin peu partageur sur son gâteau pétrolier et gazier en mer Caspienne.

Le nationalisme est une théorie idéaliste au service du capital, et ceux qui le soutiennent sont ses malheureuses victimes.
Quand la situation économique est à ce point désastreuse que même l’alibi de la Covid ne fonctionne pas, la solution trouvée, c’est encore une fois le recours à la guerre. C’est un moyen facile de raviver les sentiments chauvins et nationalistes chez les travailleurs pour qu’ils oublient leurs problèmes du quotidien liés justement à l’exploitation capitaliste.

Il est impensable que l’Azerbaïdjan ait lancé cette opération sans l’accord de la Russie. L’Arménie est la chasse gardée de l’impérialisme russe. Mais Poutine entrera en scène quand Pachinian lui prêtera allégeance. Par contre, ceux qui s’attendent à un duel entre la Turquie et la Russie dans ce conflit seront déçus. Entre temps, de nombreuses jeunes personnes perdront leurs vies pour que les possédants continuent de se remplir les poches.

Il fut un temps où les travailleurs arméniens et azerbaïdjanais ensemble, les armes à la main, sont partis défendre leur patrie soviétique contre les envahisseurs fascistes. À eux aujourd’hui de fraterniser et de retourner les armes contre l’oligarchie de leurs propres pays pour renverser les régimes qui les exploitent et les utilisent comme chair à canon. Le slogan "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !" est plus que jamais actuel !

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