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Le 54ème Congrès de la CGT : dans la continuité du précédent - Parti Communiste Révolutionnaire de France

Le 54ème Congrès de la CGT : dans la continuité du précédent

Le 54ème Congrès de la CGT se tient du 1er au 5 juin 2026 à Tours, dans un contexte marqué par l’aggravation de la crise générale et systémique du capitalisme-impérialisme : guerre au Moyen-Orient sur fond de concurrence accrue entre les États-Unis et la Chine, augmentation des prix du pétrole, politiques d’économies de guerre avec casse toujours plus importante des conquêtes sociales et démocratiques des travailleurs, etc. Il faut également noter que ce congrès doit se tenir entre le déroulement des élections municipales, en mars dernier, et celui des élections présidentielles puis législatives, devant avoir lieu en 2027. Ce qui confère une grande importance à ce congrès pour répondre aux enjeux actuels que connaissent les travailleurs, tandis que les Présidentielles restent le moment fort de la dictature bourgeoise pour que les masses consentent, par leur vote, à leur propre exploitation ! La direction confédérale a préparé, comme pour chaque congrès, un document d’orientation. Publié par une commission spéciale, ce document particulièrement long (81 pages) et creux, présenté comme devant guider « l’activité de la CGT dans les années à venir », est divisé en 3 parties, intitulées respectivement « renforcer notre organisation », « peser syndicalement sur les transformations du travail », et « stratégie des luttes ».

Ce document d’orientation CGT est marqué par un renforcement du syndicalisme d’accompagnement des politiques du capital. Le document d’orientation met en lumière que « le partage des richesses reste au cœur de nos préoccupations », un concept politique au cœur du syndicalisme de collaboration de classe.

Dans le préambule, l’évolution du capitalisme mondial est abordée en une phrase dénuée de toute analyse de classe, de toute analyse matérialiste de l’État : « du capitalisme néolibéral de Thatcher et Reagan, qui visait à mettre la puissance publique au service du capital, au capitalisme libertarien de Trump et Musk ». Et le 542ème alinéa mentionne que « depuis les années 1980, la globalisation de l’économie, l’internationalisation du capital et la mise en concurrence des travailleuses et des travailleurs ont permis de contourner nos conquêtes sociales et généraliser les logiques de dumping avec le chantage permanent à la délocalisation et au coût du travail ». On retrouve ici la vague dénonciation, dans le style social-démocrate de François Hollande, de la « finance », de la « globalisation » ou du « libéralisme », qui seraient le mauvais pan réformable du capitalisme. Le capitalisme n’a pourtant pas attendu les années 80 pour « s’internationaliser », et l’impérialisme en lequel il s’est transformé depuis la fin du 19ème siècle a pour nature même le développement des monopoles et de l’exploitation des peuples par toutes les bourgeoisies du monde. Ce qu’on observe plutôt dans les années 80, c’est la contre-offensive du capital français pour rattraper le taux d’exploitation en France, c’est-à-dire la casse des acquis sociaux. Ce que la confédération oublie voire tait, c’est le rapport de forces, qui a permis lesdits acquis au 20ème siècle : classe ouvrière organisée et syndicats très implantés, et l’existence de l’URSS et sa victoire contre le fascisme avec la résistance ! La loi économique de l’impérialisme est celle du profit maximum. Il s’agit d’une loi économique et non d’une simple logique qu’il suffirait de modifier sans s’attaquer au système de mode de production impérialiste, il s’agit bien du profit maximum et non seulement du profit. En conséquence, rien ne peut se gagner sans rapport de force, contrairement à la négociation et aux institutions mises en avant par le document d’orientation. Et ces gains sociaux remportés grâce au rapport de force sont toujours précaires.

Les alinéas 8-13-17-27 du préambule portent l’idée que l’extrême-droite est l’ennemi des travailleurs et non pas le capitalisme, capitalisme-impérialisme qui est pourtant la source de tous les maux et de toutes les idées ou courants politique de la bourgeoisie : social-démocratie de gauche, social-démocratie de droite, centre, droite, extrême droite, fascisme etc. Le patronat devenu « extrême » (voir aussi aussi alinéa 139 : « patronat radicalisé ») est désigné comme cible, à laquelle s’ajoute le concept d’« ultra-riches ». Plusieurs passages insistent sur la menace d’une victoire électorale du RN en 2027 et expliquent que le RN ne peut « jamais être mis dos à dos avec un autre parti », car il ne serait « pas de même nature ». L’ensemble sans doute pour nous préparer à l’appel à voter pour tous les candidats en face du RN, comme la direction de la CGT l’a déjà fait, en appelant à voter pour Macron face à Le Pen, en 2017 et en 2022. Le document défend même « Les principes républicains », pourtant nous ne connaissons en France actuellement qu’une seule république, la république bourgeoise avec la propriété privée (des moyens de production) comme principe fondateur et cause de toutes les souffrances du peuple-travailleur. Le président et son gouvernement ne sont que les représentants bourgeois considérés comme les plus aptes à faire la basse besogne des capitalistes. Le rêve du bon et du mauvais capitalisme ressort encore et toujours du document d’orientation quand sont dénoncées les aides publiques aux entreprises sans contreparties, donc que sont acceptées les aides publiques aux entreprises avec contreparties..., et qu’est repris le mythe du partage des richesses entre capital et travail.

Les alinéas 404 et suivants abordent le bilan des mobilisations, en particulier contre la réforme des retraites. Sans surprise, la cause de la défaite est rejetée sur « chacune et chacun, sur nos lieux de travail », tandis que nous n’avons pas su mobiliser suffisamment et que nos syndicats ne sont pas assez organisés. La confédération n’a pas voulu coordonner ni organiser ni impulser, là est la cause principale d’un syndicalisme revendiqué de négociation, « de démocratie sociale », de « partenariats sociaux », d’« institutions et Think Tank », de témoignages (par des manifestations), de « débats d’idées » avec le capital, contre un syndicalisme d’affrontement, de combinaison de formes de luttes, de blocage des profits des monopoles. Rappelons quelques-uns des écrits de collaboration de la Confédération en pleine luttes des retraites : « une démocratie qui fonctionne se doit d’être à l’écoute fasse à un gouvernement toujours sourd », « les parlementaires doivent prendre leur responsabilité », « l’exécutif portera l’entière responsabilité des suites de ce mouvement social », « mouvement social exemplaire », « notre démocratie », « partenaires sociaux », « la sagesse des membres du Conseil constitutionnel »… La CGT a terminé la lutte pour les retraites par l’expression de sa satisfaction au sujet des dizaines de milliers d’adhésions réalisées dans la période et par ce slogan sans appel, symbole d’une bureaucratie et d’une aristocratie ouvrière intégrée au système : « Rien ne sera plus comme avant ! ».

Ce 54ème Congrès s’annonce donc dans la continuité du 53ème, qui s’est tenu en mars 2023. Déjà, la direction de la confédération la dirigeait vers un syndicalisme de collaboration de classe ; l’actuel document d’orientation confirme que cette trajectoire se renforce. Alors que la tendance combative au sein de la CGT s’était organisée et que Philipe Martinez, précédent secrétaire général de la CGT, a été largement désavoué lors du 53ème congrès, c’est Sophie Binet qui a été élue nouvelle secrétaire générale de la CGT. Passée par la JOC (jeunesse ouvrière chrétienne) et par le Parti socialiste (pilier de la dictature des monopoles en France), et ancienne responsable de l’UGICT-CGT (laboratoire historique du syndicalisme d’accompagnement au sein de la CGT), elle a contribué à orienter la CGT dans le sens du syndicalisme de collaboration de classe, même si son élection surprise permettait un certain compromis entre les différents camps internes. Aussi, au 53ème en 2023, les votes des syndicats et des fédérations avaient fluctué selon les sujets, signe d’une perte durable des repères de classe, et le vote contre le rapport d’activité était le résultat de la conjonction de mécontentements différents sur fond de « désir de radicalité. ».

Le réformisme politique, la social-démocratie de droite ou de gauche, dominent le mouvement ouvrier et populaire. Il ne peut donc pas en être autrement des organisations de masse que sont les syndicats ou la CGT. Seule la construction et le renforcement d’un Parti d’avant-garde de la classe ouvrière, un Parti implanté profondément dans la classe ouvrière, capable de lui apporter la conscience révolutionnaire, permettra de faire reculer la domination du réformisme dans le mouvement ouvrier. C’est la condition pour gagner un syndicalisme de classe au quotidien et compagnon - dans une situation révolutionnaire - du renversement du capitalisme-impérialisme sous la direction du Parti, et de la construction du Socialisme-Communisme, société fondée sur la propriété collective de tous les moyens de production entre les mains du peuple-travailleur, sur la construction de son appareil d’État prolétarien et sur la planification démocratique centralisée de la production pour répondre aux besoins populaires.

D’autres sujets du document d’orientation sont à évoquer pour comprendre le syndicalisme d’accompagnement et de négociation de la CGT comme sur la Charte d’Amiens, la « transformation sociale », le travail, l’économie sociale et solidaire, l’Union européenne, la confédération européenne des syndicats (CES), la Confédération syndicale internationale (CSI), ou le Nouveau Statut du Salarié (extension de la vieille rengaine syndicale bureaucrate de la soi-disant Sécurité Sociale Professionnelle) contre la sécurité sociale à 100 % (sujet abordé par la Fédération Nationale des Industries Chimiques (FNIC-CGT) dans un document à trouver sur leur site et que nous conseillons).

Nous reviendrons sur ce Congrès de la CGT après son déroulement et dans notre prochain numéro d’Intervention Communiste (N° 195) dont la sortie est prévue le 20 août 2026.

A suivre, donc…

[Nous renvoyons également nos lecteurs à la brochure de notre Parti Communiste Révolutionnaire « Les voies de la construction du parti : le travail syndical et le travail communiste aux entreprises », que vous pouvez commander ici, ainsi qu’au compte-rendu public de la dernière conférence de l’Action Communiste Européenne (ACE) ici.]

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