Les généraux et l’armée : au service de quel État ?

Le 21 avril 2021, date anniversaire de la tentative de putsch des généraux pendant la guerre d’Algérie et de la qualification du FN au second tour de la présidentielle, le site du journal d’extrême droite Valeurs actuelles a publié un texte (puis un deuxième), signé par 20 anciens généraux et cosigné de mille autres personnes, menaçant l’État s’il ne défendait pas « nos valeurs civilisationnelles ».

Ce coup médiatique est à replacer dans le contexte des présidentielles 2022, et d’abord dans le cadre du débat que nous proposent les monopoles entre RN et LREM. 
Les instituts de sondage et les médias, détenus exclusivement par les monopoles privés (souvent liés au complexe militaro-industriel) ou par l’État bourgeois à leur service exclusif sous l’impérialisme, orientent pour l’instant l’opinion publique vers le couple Macron ou Le Pen, vers les thèmes sécuritaires ou environnementaux, détournant les couches populaires des questions de classes qui remettent en cause le capitalisme. Les scandales, les coups bas et les attaques personnelles vont rythmer la campagne présidentielle, qui a commencé dans un régime monarcho-présidentiel centré autour de cette élection et de la rencontre d’un homme providentiel "avec son peuple"... pour mieux le duper avec son consentement.

Macron et LREM ont pu, comme Le Pen et le RN, s’exprimer l’un et l’autre sur cette affaire de la "grande muette". Macron se présente ainsi comme garant de la République, lui, avec son affaire Benalla... ; mais c’est pour mieux faire passer ses prochaines politiques anti-populaires.
Cette pétition de militaires n’en reste pas moins une expression décomplexée de la fascisation de la démocratie bourgeoise.

Mais la question de fond, soulevée à nouveau par cette affaire, c’est : qui dirige le pays ? La réponse à cette question sur la définition de l’État induit celle du rôle de l’armée au sein de cet État.
L’État n’est qu’une organisation et une structuration de la classe économiquement dominante pour sauvegarder le mode de production existant et réprimer la résistance des classes antagonistes. Le noyau dur de tout État est son appareil répressif : police, tribunaux et évidemment l’armée.
L’armée doit donc être analysée comme le dernier rempart de l’oligarchie financière (fraction dirigeante de la classe bourgeoise aujourd’hui). Ses généraux sont membres permanents des réunions de clubs, brainstorming et cocktails quotidiennement organisés dans la classe dominante. Les liens avec les militaires sont complets et directs. L’armée est un corps décisif de l’appareil d’État, dont les missions concourent à réaliser les objectifs des multinationales françaises (Total, Aréva, GdF, Dassault, Vivendi...), pour conquérir de nouveaux marchés, seule ou en liaison avec l’OTAN.
Au stade impérialiste, la stratégie militaire est donc subordonnée à ajouter le bras armé à la puissance des monopoles pour leur assurer le profit maximum.
Ce consensus de classe autour de l’armée ne peut pas être faible, et tous les partis politiques bourgeois s’y accordent, Macron comme Le Pen. Le dernier rempart que constitue l’armée pour défendre la classe dominante bourgeoise en France, va même au-delà des généraux, des quelque 207 000 soldats engagés (plus 41 000 réservistes) et des 101 000 gendarmes (31 000 réservistes), de sa seconde place de recrutement des jeunes (25 000 embauches par an ... derrière Mac Do...). Il est en effet de notoriété que les militaires à la retraite (accessible au bout de 17 ans de service) se recyclent dans des métiers de sécurité (gardiennage, surveillance etc...) et qu’ils gardent des liens forts avec l’institution ainsi qu’une appétence pour les armes. Même engagés, les militaires ont, dans leurs affaires civiles, un accès aux armes plus facile qu’on ne le laisse croire. Souvenons-nous de la fusillade « accidentelle » sur des civils par des militaires à Carcassonne en 2010 ou regardons la dernière récente affaire Apnyl-Athanor qui implique des anciens militaires dans le projet d’assassinat de syndicalistes au profit de chefs d’entreprises français

L’ensemble constitue donc un vaste réseau à disposition de la dictature du capital. Tout ceci n’a pas été commenté par les partis et médias à propos des généraux et de l’armée. Réactionnaires comme sociaux-démocrates n’ont de cesse d’évoquer la « démocratie », y compris pour s’ingérer dans les affaires intérieures des pays, y compris en œuvrant au renversement de régimes qui contrecarraient leur recherche d’un nouveau partage du monde...
La réalité est tout autre, bien loin de cette prétendue démocratie qui serait la règle dans notre pays. Outre le poids de l’argent pour financer des campagnes politiques financièrement démesurées pour finalement, à coups de sondages et de martèlement médiatique, faire élire un candidat défendant la politique voulue par le capital financier, la bourgeoisie viole quotidiennement les libertés publiques les plus élémentaires.
En effet, il y a plus de 200 ans, pour conquérir le pouvoir politique et l’arracher des mains de l’aristocratie féodale, la bourgeoisie sut conquérir son hégémonie sur le mouvement populaire grâce aux enseignements philosophiques des « Lumières », en défendant et garantissant, par la révolution démocratique bourgeoise, les libertés d’association, d’opinion, le secret de la correspondance... Ce capitalisme, ascendant au 18ème siècle, a atteint aujourd’hui le stade impérialiste de son développement, avec le pourrissement et le parasitisme qui l’accompagnent. La bourgeoisie est depuis longtemps une classe réactionnaire, exploiteuse, oppressive, prête à réanimer les pires idéologies moyenâgeuses, pour assurer ses profits et pérenniser son mode de production.
C’est de l’intérieur, par ses propres agents, que viennent les révélations qui démontrent ce que les marxistes-léninistes dénoncent depuis toujours. Ainsi, des hommes comme Snowden, Assange, des sites comme Wikileaks, révèlent publiquement ce qui se trame dans les cercles « feutrés » dirigeants des États impérialistes et des conseils d’administration des monopoles.
Mais il faut cibler la source, c’est-à-dire le système d’exploitation fondé sur la propriété et l’État capitalistes. Certains réformistes prônent un « contrôle parlementaire ». Cela revient à confier aux « pyromanes » (les partis du Capital du Parlement, LREM, LR, et PS) le soin d’éteindre l’incendie. C’est le rêve d’un capitalisme civilisé ou d’une « République exemplaire », impossibles au stade impérialiste.
Les révélations successives confirment l’analyse marxiste sur la nature de classe de l’État capitaliste : c’est la dictature de l’oligarchie financière, quelle que soit la forme étatique prise, république parlementaire, monarchie, fascisme. Si les marxistes ne sont pas indifférents à la forme de ce pouvoir, ils combattent cependant toutes ces formes.
La vigilance antifasciste est nécessaire, plus que jamais. Mais ne surestimons pas le phénomène, car les partis politiques actuellement au pouvoir, au nom du danger fasciste, veulent occulter la nature de classe de l’État ... et faire accepter comme « moindre mal » sa politique d’austérité à caractère anti-populaire.

Les communistes doivent impulser le combat pour défendre les libertés démocratiques mises à mal et même gagner de nouveaux droits. Mais ils annoncent la couleur, car il ne s’agit pas de créer des illusions sur la « démocratie » capitaliste, il s’agit de relayer les aspirations à plus de droits, à gérer librement sa vie, à ce que chaque pays puisse décider sans ingérences de sa propre voie de développement.

Les communistes, dès maintenant, doivent relier le combat démocratique à l’exigence du socialisme-communisme pour en finir avec le capitalisme, l’exploitation et la restriction continue des libertés démocratiques. Seul le pouvoir de la classe ouvrière et de la majorité des travailleurs pourra garantir après la révolution socialiste une démocratie véritable et populaire.

Dans l’immédiat, notre Parti rappelle les tâches et axes de luttes immédiats en direction de l’armée :
- Retrait des corps expéditionnaires français des divers théâtres d’opérations extérieures : ne mourons pas pour les profits d’une poignée de capitalistes !
- Halte à l’armée de mercenaires : principe du droit à l’instruction militaire pour tous !
- Droits syndicaux et citoyens pour tous les soldats !

Sous le socialisme, l’armée fonctionnera sur la base d’une armée populaire, du principe du peuple en armes, d’un budget national de défense populaire (selon les discussions issues de la planification centrale démocratique) et non d’agressions et de ventes d’armes, du principe strict de défense du territoire, d’équipement et de protection du soldat et de participation à la vie économique et sociale du pays.

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